La répétition, c'est le burin de l'enseignement
Par yves le dimanche, août 26 2007, 22:19 - General - Lien permanent
Je suis entré par hasard (ou presque) en possession d'un petit fascicule datant de 1898, appelé PREMIÈRES DICTÉES et écrit par un nommé J. Douvisis, instituteur-adjoint à Egletons (Corrèze).

En voici l'introduction (Mise à jour :) et la conclusion.
Mise à jour (merci Maman):Ici une biographie de Jean Douvisis.
Contexte et présentation du fascicule
Ce fascicule a été écrit à l'époque des hussards noirs de la république, dans un département très rural à une époque ou la France l'est encore énormément -- c'est vers 1930, je crois, que le cap de la moitié de la population française vivant en ville (de plus de 3500 habitants) sera atteint. La majeure partie des enfants vivent dans des familles dont les parents ne savent pas lire ni calculer, et les enfants sont encore très souvent envoyés aux travaux des champs plutôt qu'à l'école. Jean Douvisis le note en page 6 en parlant de nos écoles où la fréquentation est encore, hélas ! fort irrégulière.
Un autre élément à prendre en compte est le parlé local (patois) qui était la langue maternelle de la plupart des enfants d'agriculteurs de l'époque. Le français était leur deuxième langue, et on se rappelera à titre d'illustration ce règlement interdisant de parler breton dans les écoles.
Enfin, l'école est un lieu de propagande patriotique et militaire. Il s'agit alors de préparer la revanche sur l'Allemagne, et les enfants apprenaient à défiler et à manipuler un fusil Lebel. Le texte de certaines dictées (les dernières en particulier) reflète cette ambiance particulière, comme on peut le voir sur la dictée n° 159 page 104 sur la photo ci-dessous.
Cet ouvrage est un livre du maître destiné à faciliter sa préparation. Il s'agit d'un recueil de 160 (159 en fait) dictées destiné à la première année du cours élémentaire; Ces dictées sont présentées dans une progression logique en fonction des difficultés, et accompagnées de notes, d'exercices préparatoires, et de conseils ( y compris sur la prononciation). Les dictées sont organisées en séries reproduisant le même groupe de difficultés, et sont prévues pour être d'abord préparées en classe (lues, les mots expliqués) puis dictées, à raison d'une dictée par jour !
J'ai photographié l'introduction[1] qui couvre les pages 3 à 8, ainsi que la conclusion pages 104 à 106. On y retrouvera quelques notions que les enseignants connaissent bien:
- La capacité de mémorisation (page 4): Croit-on raisonnablement, qu'au bout d'un mois, après avoir passé de la sorte rapidement en revue de 100 à 200 mots, l'enfant aura fait beaucoup de progrès en orthographe ? Quelle puissance d'assimilation lui suppose-t-on ?
- La contextualisation, citée comme un idéal inapplicable dans la plupart des cas (page 4): L'enfant peut retenir en une seule fois des notions qui le frappent vivement mais, comme cette dernière condition n'est pas applicable à toutes les notions si diverses et si nombreuses qui doivent former son instruction, il faut se résoudre à employer le moyen empirique par excellence: la répétition. Comme on l'a fort bien dit, la répétition c'est le burin de l'enseignement. [...] Connaître des règles cela ne suffit pas, il faut les appliquer, et on les applique par habitude plus que par raisonnement. Or, n'est-ce pas la répétition qui conduit le plus sûrement à l'habitude ?
- La nécessité pour l'enseignant d'adapter ses ressources à ses élèves et à sa situation. Amplifiée par Internet, cette obligation a toujours fait partie du travail de l'enseignant. Cela démarre avec le choix des manuels, et continue avec le choix des exercices et des commentaires proposés aux moment des les effectuer. Mais cela peut aller jusqu'à modifier les exercices fournis par les manuels ( ou internet), et c'est sur ce point qu'insiste M. Douvisis (pages 6-7): Il va sans dire que selon le temps dont on dispose et selon les progrès des élèves on peut, sans grand inconvénient, supprimer une ou plusieurs phrases des dictées que l'on trouve trop longues, négliger même complètement une dictée de chaque série, ou bien recommencer la même dictée si cela parait nécessaire. Enfin, il sera bon de remplacer telle ou telle phrase plus ou moins bien.. inspirée par d'autres qui seraient mieux adaptés aux lieux, aux saisons, etc...
- La nécessité pour les enseignants, de trouver des ressources assez directement utilisables correspondant à la progression logique de l'enseignement. On ne se choquera pas de voir les enseignants utiliser largement Internet pour cela, il y a un siècle il y avait déjà des livres avec l'objectif de les aider dans leur préparation. Les outils évoluent, mais ce ne sont que des outils: Sachant qu'il existe peu de recueils de dictées réellement pratiques, à l'usage de la première année du cours élémentaire; sachant aussi combien les jeunes maîtres sont parfois génés, embarrassés et réduits à compiler ou à composer des textes, au petit bonheur, au hasard de l'inspiration, donnant ainsi un enseignement forcément plein de lacunes et insuffisamment gradué, nous nous sommes décidé à publier ce modeste recueil.
- L'efficacité douteuse du bachotage[2] comme moyen de préparer un examen (page 105): Â l'approche des examens, combien d'instituteurs s'épuisent en efforts, hélas ! trop souvent superflus pour faire pénétrer dans la tête des enfants cette rebelle orthographe ? Les dictées s'entassent sur les dictées. Certains enfants en supportent jusqu'à 12 par jour ! N'est-ce pas aller à l'encontre des résultats cherchés ?
L'introduction
Page 3

Page 4

Page 5

Page 6

Page 7

Page 8

La conclusion
Page 104

Page 105

Page 106






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