Mise en valeur de l'information - réédition
Par yves le vendredi, septembre 1 2006, 10:02 - Information et medias - Lien permanent
Il y deux ans, deux inspecteurs du travail étaient assassinés. Le traitement médiatique de cette affaire a été plutôt douteux.
Voici la réédition d'un billet que j'avais écrit à l'époque.
Il y deux ans, deux inspecteurs du travail étaient assassinés. Le traitement médiatique de cette affaire a été plutôt douteux.
Voici la réédition d'un billet que j'avais écrit à l'époque.
Prendre du recul face aux informations, c'est aussi s'interroger sur la façon dont elles sont mises en valeur. En particulier la manière dont une information importante peut-être reléguée au second plan, tout en étant quand même traitée.
L'actualité récente nous donne, hélàs, de la matière sur laquelle réfléchir. Voici un coup de gueule de Gérard Filoche, qui vous rappellera l'essentiel de l'affaire, tout en indiquant à quel point le traitement de cette affaire par les media et les politiques est... curieux.
Quelques jours plus tard, Daniel Schneidermann a publié dans Libération un article reprenant le même thème: le traitement de cette affaire est tout à fait partial et vise à en minimiser l'importance. Il se livre à une analyse de la méthode employée, la voici ici point par point:
L'ordre de traitement des informations
Les mises en valeur sont de moi:
[...] la nouvelle est donnée par le préparateur de cerveaux humains[1] Pernaut dans les profondeurs de son JT de 13 heures, sur TF1. Après l'assaut des forces russes en Ossétie, vendredi dernier à la mi-journée, ce qui se comprend. Mais aussi après l'attente angoissante dans le village des parents de l'otage journaliste Georges Malbrunot [...]. Après la désignation («sans surprise», dit le préparateur Pernaut) de Georges Bush comme candidat à la présidentielle américaine. Après l'angoissante attente de l'ouragan en Floride. Donc, trois entrées qui n'apportent aucune information nouvelle sur les otages journalistes français, un reportage de mise en bouche sur les dégâts du cyclone et, enfin, voilà, le préparateur se lance : deux inspecteurs du travail ont été tués en France.
C'est la première méthode, noyer l'information après ou au milieu d'informations sans intérêt.
La négation ou la reconnaissance des personnes
Les mises en valeur sont de moi ici aussi:
[...] le reportage ne nous donne pas les noms des deux inspecteurs. Sur l'agriculteur meurtrier, on connaît tout. Son nom, bien entendu. Ses difficultés financières. Son espoir déçu quand il avait cru trouver un repreneur pour l'exploitation et pouvoir ainsi partir en retraite, avant de se heurter au refus du tribunal. On entend un voisin de l'agriculteur, le maire du village. Mais les visages des deux victimes, on ne nous les montrera pas. A jamais, ils resteront anonymes. Les proches des deux victimes, leur douleur, nous ne les verrons pas. On n'interrogera pas de passants dans leurs villages à eux, qui puissent nous rappeler quels bons voisins ils étaient, qui puissent dire devant une boulangerie ou une fontaine que c'est honteux de tuer des inspecteurs du travail. Un modèle de sobriété informative. A étudier dans les écoles. Pas de mise en scène. Pas de trémolos. Pas d'envoyé spécial pour faire le point de l'avancée de l'enquête. Pas de sanctification des victimes. Sauf à considérer que la victime, c'est l'agriculteur. Avec ses problèmes de financement, sa retraite, son jugement.
Ici, c'est subtil. Les victimes sont tout simplement niées, on fait comme si elles n'existaient pas en tant qu'individu, tout en ayant cité leur existence en tant que victime. Le meurtrier est lui reconnu, présenté, plaint, écouté. Il existe en tant que meurtrier et en tant qu'individu. On force ainsi l'empathie du côté choisi.
Et ensuite?
Daniel Schneidermann poursuit sa démonstration jusqu'aux obsèques, quelques secondes une fugitive image de voitures dit-il. Puis il risque une comparaison avec les policiers ou les gendarmes tués, eux aussi, dans l'exercice de leur mission. Là, le téléspectateur a droit aux femmes, aux enfants, aux obsèques officielles. Il met en avant aussi, en feignant de s'en étonner, la même façon de traiter cette information sur les chaines de services publics.
Mais si son propos est très intéressant pour mettre en valeur une certaine façon de traiter l'information, il y manque pourtant une donnée (ou des pistes de réflexions): Pourquoi un tel traitement?
Mise à jour (16 Septembre 2004): On peut lire également l'article (très détaillé) d'Acrimed sur la façon dont les médias ont traité cette affaire.







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