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Le bulletin officiel du 20 juillet a publié, au coeur des vacances scolaires, le texte nouveau du B2i applicable dès la rentrée. Ce brevet informatique et internet, créé en 2000, connait une cure de rajeunissement et une extension au lycée.

Une hiérarchie par niveau et par domaine

Le b2i d'origine ne comprenait que 2 niveaux (école et collège mais les niveaux furent poétiquement baptisés niveau 1 et niveau 2). Le niveau lycée a été officiellement créé en septembre dernier, et le nouveau référentiel comporte donc logiquement trois niveaux baptisés école, collège et lycée. Il n'y a pas de feuille de position dans le décret, elle devrait être publiée dans une circulaire d'application.

Chacun de ces niveaux est découpé en cinq domaines, qui regroupent des objectifs (listés en termes de capacités) s'y rattachant:

  • Domaine 1 : S’approprier un environnement informatique de travail
  • Domaine 2 : Adopter une attitude responsable
  • Domaine 3 : Créer, produire, traiter, exploiter des données
  • Domaine 4 : S’informer, se documenter
  • Domaine 5 : Communiquer, échanger

Une lecture attentive et critique me laisse perplexe: on peut supposer que le domaine 1 «s’approprier un environnement informatique de travail» est un domaine entièrement maitrisé avant le lycée. Par exemple au niveau école on trouvera la capacité à «naviguer dans une arborescence», et au niveau lycée celle consistant à «organiser son espace de travail». J'ose espérer que la «navigation» s'accompagne dès le collège d'une utilisation qui permet de s'organiser. Dans le meme domaine, le niveau lycée inclut l'autonomie (ce qui semble aussi un peu tardif) et «être responsabilité vis à vis des services et outils et conscient des coûts d'usage», qui devrait logiquement relever du domaine 2.

Cela ressemble à un découpage artificiel.

La question des moyens

Le matériel et sa maintenance

Le b2i souffre, au moins en primaire, d'un problème récurrent: celui des moyens. Le ministère écrit le programme, demande des activités qui nécessite ordinateur(s) et connexion internet. Mais l'équipement des établissements scolaires dépend du budget des collectivités locales, qui n'ont pas, à ma connaissance, vu leurs ressources augmenter en compensation. C'est surtout pour le primaire, qui dépend des mairies[1] que c'est le plus visible, en particulier dans les communes de petite taille.

Le problème ne se cantonne pas à l'aspect matériel. La maintenance va de la configuration (connexion internet qui doivent être filtrées pour protéger les enfants), l'installation des logiciels, les sauvegardes, les petites pannes du quotidien (virus, vers, matériel en panne). À titre d'exemple, les ordinateurs de nombre d'écoles sont relativement anciens, et il y a souvent des Windows 98. Windows 98 n'est plus maintenu par Microsoft. Il va falloir mettre à jour.

Quelle maintenance avec quels moyens? La question relève essentiellement des collectivités locales.

Au niveau moyens matériels, je regrette aussi que le ministère n'ait pas eu l'ambition de proposer aux établissements scolaires un hébergement pour leurs publications sur internet (qui pourrait d'ailleurs intégrer des blogs), ainsi que des serveurs de mail et de messagerie synchrone. Mis à part des initiatives locales (académiques), chaque école se débrouille dans son coin pour trouver des solutions, ce qui n'est pas très favorable au développement de ce type d'usage.

Les horaires

Petite citation:
Les TICE sont avant tout un outil au service des apprentissages des divers domaines disciplinaires et transversaux. C'est donc dans des contextes variés, où les élèves recourent en fonction des besoins réels, à l'usage des technologies de l'information et de la communication, que les enseignants vérifient l'acquisition des compétences spécifiées pour le brevet informatique et internet.

Le B2i ne crée pas une nouvelle matière, il valide l'usage des TICE dans les disciplines exstantes. Pas d'horaire à l'emploi du temps pour le b2i, mais un usage des TICE dans les discipline du programme (et leur horaire) pour le valider.

Les logiciels

Dès le départ en 2000, le b2i a été pensé en terme de fonctionnalités et non en terme de logiciel: à titre d'exemple on n'apprenait pas MS Word(tm), on pratiquait le traitement de texte. Il n'y a, mise à part pour les épreuves de certains bac, pas de logiciels imposés.

Je rappelle qu'il n'y a pas d' usage pédagogique qui autoriserait à utiliser un logiciel en violation des termes de la licence[2] et mettrait à l'abri des poursuites les établissements scolaires. Il convient donc de toujours connaitre précisément la liste exacte de tous les droits d'utilisation possédés, de tous les logiciels installés, et de vérifier que la deuxième liste est strictement incluse dans la première[3]. Une bonne idée est donc de privilégier lorsque c'est possible les logiciels libres. Cela évite une part de stress[4].

Voici quelques fonctionnalités logicielles suggérée par le B2i nouveau et quelques idées de logiciels libres, pour la plupart gratuits[5], qui peuvent éventuellement correspondre. Les liens donnent sur les notices de l'excellent Framasoft:

Naviguer sur internet

Mozilla Firefox s'impose sans hésitation: navigation par onglet, nombreux moteurs de recherches intégrés qu'on peut étendre, en ajoutant par exemple le dictionnaire en ligne du TLFI.

Communiquer par courriel

Mozilla Thunderbird est à la hauteur: filtre anti-spam bayesien, multi-compte. Il est parfait.

Communiquer en temps réel

La communication synchrone, tout un programme. On pourra en profiter pour aborder la notion d'interopérabilité et de protocoles ouverts et fermés, et la notion de client captif. Je vous recommande les sytèmes basés sur Jabber, protocole ouvert avec des logiciels disponibles pour tous les sytèmes. Il y a pas mal de logiciels clients, citons Coccinella pour en citer un. Pour le chat IRC, un plugin (Chatzilla) peut s'ajouter dans Mozilla Firefox.

Agrégateur (suivi de fils d'information)

Mozilla Firefox intègre cette fonctionnalité depuis longtemps, de même que le lecteur de mail Mozilla Thunderbird. On pourra aussi préférer un agrégateur autonome comme FeedReader. Le flux RSS est un système permettant aux sites internet de signaler les derniers changement, ce qui ouvre la porte à un suivi efficace sans avoir besoin de visiter le site. C'est un outil de veille et de suivi de l'information. Ce blog (comme tous ceux basés sur dotclear) propose deux flux permettant de suivre les articles et les commentaires.

Traiter du texte/Bureautique

Le pas très léger mais très bon OpenOffice.org gagnerait probablement à être remplacé par Abiword dans les écoles primaires, au moins pour les débuts au traitement de texte. L'utilisation possible d'un tableur en collège et lycée rend cette option un peu plus discutable, quoique l'existence de la norme ODF rend possible les échanges de textes entre les deux.

À l'école le texte parle implicitement de documents multimedia, le module Présentation d'OpenOffice.org conviendrait très bien pour cela.

Publier des documents (PAO)

Scribus arrive enfin sous Windows! Il va falloir que je le présente en détail dans un autre billet.

Traiter des images

Je me suis dit un jour que TuxPaint, formidable outil de dessin pour les enfants, ferait une excellente base pour introduire quelques notions de traitement d'image. Les pinceaux, effets (brouiller, éclaicir, inverser...), taille d'image, format d'image (png), écriture de texte, remplissage magique (seau) y sont disponibles, et forment une base nécessaire au traitement de l'image. Autre avantage, la simplicité de son interface rendra les premières manipulations plus facile à réaliser pour les élèves. J'ai une présentation de TuxPaint à votre disposition par là.

Gimp est un poid lourd nettement plus difficile à appréhender, mais il est complet. La notion de calque, de chemin, les filtre et les autres outils traditionnels en traitement de l'image y sont présents. Les spécialistes habitués à 'autres outils pourront etre surpris par son interface avec des fenêtres partout: sous Windows il vaut mieux utiliser cette version qui regroupe toutes les fenêtres à l'intérieur d'une plus grande, lire la documentation et apprendre à regrouper les fenêtres sous formes d'onglets. Les ressources en ligne sont assez nombreuses pour faciliter sa découverte.

Traiter du son

Audacity est très bien pour des usages de base.

Traiter des video

Il n'y a pas d'outil de montage libre utilisable, mais VirtualDubMod permet des traitements video (divers filtres, recadrage, changement de formats, et on peut s'en servir pour faire des films d'animations avec des photos numériques prises image par image). S'il s'agit de diminuer la taille et l'encodage d'une video il conviendra parfaitement. Il faut installer FFdshow pour avoir un encodage MPEG4 (divx en première approximation).

Manipuler la souris et le clavier

GCompris et Pysycache conviendront parfaitement, dès la maternelle. Ne pas oublier que les enfants apprennent aussi à manipuler l'ordinateur en utilisant un simple logiciel de dessin comme Tuxpaint. On peut aussi citer le Mulot du terrier d'Abuledu. J'ai une présentation de GCompris ici, et un billet sur Pysycache là.

J'en ai surement oublié, un bon réflexe consiste, lorsque vous cherchez un logiciel, à regarder dans les notices de Framasoft.

Linux ou MacOSX ?

Tous les logiciels que j'ai proposé ici fonctionnent sous Linux ou sont faciles à remplacer [6]. Mis à part la question de la maintenance (qui est du ressort des collectivités locales) et de l'installation, rien ne s'oppose donc à ce que les établissements scolaires soient équipés avec ce système. Une nuance pour MacOSX, tous ces logiciels ne fonctionnent pas sous OSX, ou pas facilement, mais il y a souvent des équivalents; Il convient donc de se renseigner avant de faire ce choix là.

Les domaines à mettre en oeuvre avec quelques commentaires

Domaine 1 : S'approprier un environnement informatique de travail

Il s'agit des compétences de bases (souris clavier, cliquer pour lancer un logiciel, sauver sur un disque/disque réseau, clef usb...). Pour l'école cela peut commencer dès la maternelle sans aucun problème.

Le résumé sur educnet décrit le domaine ainsi:

  • École : maîtriser les fonctions de base.
  • Collège : utiliser son espace de travail dans un environnement en réseau.
  • Lycée : gérer son espace de travail dans un environnement réseau.
Domaine 2 : Adopter une attitude responsable

Domaine qu'on peut qualifier de "citoyenneté", il a le tord de ne pas trouver sa vrai définition ni ses limites. On y trouvera donc du respect des règles d'usage (genre netiquette ou charte), un peu de droit (d'auteur), un peu de problématique informatique et liberté (protection de son identité numérique), et aussi de l'esprit critique face à l'information, qui devrait logiquement intégrer le domaine 4, et s'y trouve d'ailleurs aussi dans la formulation «évaluer les informations» pour le lycée.

On peut d'ailleurs se poser la question de la pertinence de l'inscription du recul face à l'information dans le b2i. Comme si l'information dans son ensemble, et pas seulement sur internet, ne méritait pas un travail de réflexion. Sans remonter à l'affaire du petit Gregory, les chiens du teknival, la jeune fille agressée dans le RER D, le bagagiste de Roissy, les inspecteurs du travail assassinés, les jeunes japonais suicidés en avalant des poches de silicone, les loueurs de punk ou la fausse victime de Katrina ont plus de rapport le fonctionnement des medias qu'avec l'informatique et internet. Le B2i d'origine mentionnait comme titre de domaine Adopter une attitude citoyenne face aux informations véhiculées par les outils informatiques, ce qui avait le mérite d'être clair: c'est bien internet qui était visé et pas les autres medias. S'il me semble intéressant que le texte ne se limite plus à internet explicitement, j'ai quand même le sentiment que l'inscription de cette partie dans le pogramme d' éducation civique serait plus logique.

Bien sûr je ne veux pas dire que l'information sur internet ne mérite pas un peu de réflexion. Je veux juste dire qu'internet ne mérite pas vraiment un traitement spécifique.

La partie droit d'auteur est indiquée par connaître et respecter les règles élémentaires du droit relatif à sa pratique en collège et connaître et respecter les règles élémentaires du droit relatif à l'informatique et à l'internet au lycée. Ce qui suggère deux partie: les différents types de licence pour les logiciels, et les principes du droit d'auteur et son application à internet pour les documents (possibilité de reproduction et de rediffusion, licences libres).

La protection de l'identité numérique mérite d'etre abordée le plus tôt, et prendre un pseudo et ne jamais laisser trainer ses coordonnées personnelles ni les donner à quiconque sur Internet est une bonne habitude à inculquer aux enfants et au familles. Une campagne d'information sur le sujet a lieu cette rentrée, les enseignants peuvent s'y associer en recommandant aux parents l'usage de LogProtect.

Ce domaine est celui qui peut être travaillé principalement en dehors de l'accès à internet et aux ordinateurs.

Le résumé sur educnet décrit le domaine ainsi:

  • École : prendre conscience des enjeux citoyens de l’usage de l’informatique et de l’internet et adopter une attitude critique face aux résultats obtenus.
  • Collège : être un utilisateur averti des règles et des usages de l'informatique et de l'internet.
  • Lycée : être un utilisateur impliqué des règles et des usages de l'informatique et de l' internet.
Domaine 3 : Créer, produire, traiter, exploiter des données

Pour l'école l'usage du traitement de texte en tant que tel n'est pas à l'ordre du jour. On parle de créer et modifier un document numérique, et d' organiser dans un même document des médias différents (texte, image ou son), issus d'une bibliothèque ou de sa propre composition. Il s'agit donc plutot d'une logique de documents multimedia (type présentation) sans que d'autres types de documents soit exclus.

Au collège ça se corse sérieusement, le texte parle en effet explicitement de produire un texte, traiter une image, un son ou une video, prévoir la présentation en fonction de la destination (ce qui peut être faire une affiche avec un logiciel de PAO), mais aussi différencier une situation simulée ou modélisée d'une situation réelle.

Au lycée on ajoute la dimension collaborative, le choix du logiciel adapté et l'exploitation. Coté simulation l'élève doit pouvoir modifier un ou plusieurs paramètres d'une situation simulée ou modélisée.

Ces simulations et modélisations pourrait relever de l'usage du tableur pour des analyses à partir de données ou de logiciels plus spécifiques.

Le résumé sur educnet décrit le domaine ainsi:

  • École : écrire un document numérique.
  • Collège : composer un document numérique.
  • Lycée : concevoir, réaliser et publier des documents numériques.
Domaine 4 : S'informer, se documenter

J'ai déjà signalé que les compétences liées à la prise de recul face aux informations était principalement intégrées au domaine 2. Il faudrait donc logiquement voir ici la partie compétences techniques en recherche d'information et documentation.

Ainsi la navigation sur internet et la recherche simple sont dans le niveau école, de même que l'identification et le tri des informations dans un document (qui peuvent aussi relever de la partie évaluation de l'information). Au collège on interrogera en mode plein texte(sic) des bases documentaires, et on ajoute l'évaluation des ressources et la sélection des informations. C'est dans le niveau lycée qu'on utilise les modes avancées de recherche dans les bases documentaires.

On peut noter l'absence de la notion de veille ou de suivi de l'information, qui aurait pu inciter à utiliser utiliser les agrégateurs de flux[7]. Le côté dynamique de l'information n'apparait donc pas.

Le résumé sur educnet décrit le domaine ainsi:

  • École : Lire un document numérique. Chercher des informations par voie électronique. Découvrir les richesses et les limites des ressources de l'internet.
  • Collège :chercher des informations par voie électronique.Découvrir les richesses et les limites des ressources de l'internet.
  • Lycée : construire une démarche de recherche autonome en prenant en compte les richesses et les limites des ressources d' Internet.
Domaine 5 : Communiquer, échanger

Les B2i intègre désormais les notions de communication en temps réel (chat) et en différé (courriel). La découverte de ces modes s'effectuant dès l'école, niveau à partir duquel l'élève doit etre capable d'envoyer et de recevoir un message, un commentaire. Ce commentaire me laisse un peu perplexe, il s'agit probablement[8] de commentaires laissés sur un outil de type forum ou blog, ce qui pourrait suggérer l'utilisation d'un agrégateur de flux pour recevoir les réponses rapidement, du moins lorsque le moteur de blog le permet.

Au niveau communication synchrone, j'ai déjà signalé les outils utilisant Jabber, je pense que les services Jabber de l'apinc doivent etre utilisable pour les écoles, même si je préfèrerais un serveur financé par le ministère pour les usages scolaires.

Pour le mail, je rappelle qu'il y a un accord-cadre entre le MEN et La Poste, pour la fourniture de d'adresses électroniques aux élèves.

Conclusion

Les feuilles de position devraient logiquement limiter fortement les possibilités que j'ai évoquée ici, en les précisant. Le b2i nouveau a été conçu pour n'avoir pas besoin de réécriture même lors de l'évolution future des technologies, ce qui semble un pari assez osé, et explique un certain flou. La parti pris de garder les mêmes domaines au long des trois niveaux oblige aux quelques contorsions que j'ai signalé en introduction.

On notera que mis à part les parties relevant de la simulation, les usages définis par le b2i relèvent de la bureautique et de l'utilisation d'internet. Les exerciseurs et autres logiciels spécifiques aux matières du programme ne rentrent pas directement dans ce cadre.

Quand aux freins à sa généralisation, ils sont facile à énumérer: équipements disparates, maintenance très variable suivant les lieux, manque dans les formations continues & initiales[9]. Les élèves n'ont pas fini d'être souvent beaucoup plus à l'aise avec les nouvelles technologies que leurs enseignants.

Notes

[1] les écoles ne disposent même pas d'un budget autonome, n'ayant pas de statut pour cela. Les collèges et lycées sont des EPLE (Établissement public local d'enseignement).

[2] en règle générale: une licence par poste!

[3] Il faut aussi éviter que n'importe qui n'installe n'importe quoi sans réfléchir.

[4] Il y a plein de bonnes raisons d'utiliser des logiciels libres. Ne les utiliser que pour des raisons de coût, c'est privilégier la plus mauvaise de ces raisons.

[5] Ce n'est pas parce que c'est libre que cela doit être gratuit. Mais même payant, un logiciel libre peut etre installé sur le nombre de poste qu'on souhaite. Retenez aussi que la maintenance n'est pas gratuite pour autant.

[6] Pour la video VirtualDubMod et FFDShow, à remplacer par Avidemux et FFMpeg/Xvid;en fait FFDshow contient FFMpeg et Xvid. Et pour le lecteur de flux FeedReader à remplacer par Blam, Liferea ou Akregator.

[7] On peut aussi utiliser des agrégateurs en ligne, voici une liste d'abonnements préparée par moi à titre d'exemple.

[8] c.f. le document préparatoire

[9] le C2i est une tentative de régler cela.