D'autres pressions sur les individus
Par yves le vendredi, février 24 2006, 12:57 - Information et medias - Lien permanent
La pression induite par l'omniprésence de l'image des femmes dans les messages publicitaires n'est pas la seule pression, en voici un petit panel, certaines très actives d'autres plus anciennes.
Reconnaitre quelques-unes de ces pressions pour ce qu'elles sont est une première étape pour être capable de s'en défendre.
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Billet de la série sur l'utilisation de l'image des femmes par la publicité qui comprend:
- Un coup de gueule,
- des explications supplémentaires en guise de possible réfutation des arguments opposés à ce genre de protestation,
- des pistes pour comprendre le fonctionnement de la pression sociale induite par ces images,
- Ce billet-ci, qui porte sur d'autres formes de pression,
- Un dernier billet sur le rôle de l'éducation et l'efficacité relative de l'activisme pour contrer les pressions.
La pression induite par l'omniprésence de l'image des femmes dans les messages publicitaires n'est pas la seule pression, en voici un petit panel, certaines très actives d'autres plus anciennes. Reconnaitre quelques-unes de ces pressions pour ce qu'elles sont est une première étape pour être capable de s'en défendre.
La pression commence à l'école
J'ai cité une étude récente sur la propagation des stéréotypes hommes-femmes dès l'école maternelle, il y a aussi des études concernant les niveaux suivants. L'école est un lieu idéal pour propager des idées de toutes sortes. Il fut un temps, à l'époque de l'école communale, où les jeunes garçons y apprenaient à défiler au pas et à manipuler un fusil Lebel. Voici un article sur les sociétés de tir, qui précise:
la loi du 28 mars 1882 rendait l'instruction primaire obligatoire pour tous les enfants de six à treize ans et mettait la gymnastique et le tir au nombre des matières d'enseignement des écoles primaires publiques de garçons. Beaucoup d’instituteurs enseignèrent donc le tir à l’école avant l’acte de naissance officiel des "sociétés de tir scolaires" en 1907.
Il existait aussi une méthode de lecture baptisée «Je serai soldat».
Aujourd'hui l'école est le lieu d'autres pressions: par exemple au nom de l'écologie on y apprend à ne pas jeter les papiers gras en dehors de la poubelle et à recycler. Mais on n'y montre pas des situations ou tout le monde recycle (dans les livres, les activités). La pression est seulement directe.
La commission Creel ou l'invention de la propagande moderne
La commission Creel, ou «Commission on Public Information», est un des tout premier exemple de propagande systématique. En voici la présentation donnée par Normand Baillargeon:
La grande expérience fondatrice de propagande institutionnelle, à cet égard et en Amérique, aura eu lieu lors de la Première Guerre Mondiale, alors la Commission on Public Information ou Commission Creel, du nom de son Président, est créée pour amener la population américaine, majoritairement pacifiste, à entrer en guerre. Le succès de cette Commission a été total et c’est là que sont nées une large part des instruments de propagande des démocraties actuelles.
Normand Baillargeon ajoute, dans son livre une liste des instruments de propagande utilisés:
distribution massive de communiqués, appel à l'émotion dans des campagnes ciblées de publicité, recours au cinéma, recrutement ciblé de leader d'opinion locaux, mise sur pied de groupes bidons (par exemple des groupes de citoyens locaux) et ainsi de suite.
Finis ta guerre et viens à table!
L'idée d'utiliser tous les moyens disponible pour faire passer des comportements ou des idées et donc assez ancienne, mais continue à être assez largement utilisée. C'est ainsi que l'armée américaine utilise les moyens du marketing direct, comme le sponsoring d'évenements populaires, mais aussi que «le complexe militaro-industriel a produit et façonné les jeux vidéo». On a beaucoup écrit sur la violence des jeux video, et cette mise en scène de la violence n'est donc pas toujours totalement gratuite. La multiplication des films de guerre à grand spectacle, avec le héros qui sauve l'humanité à lui tout seul mais avec les moyens militaires derniers cris, n'est peut-être pas tout à fait neutre non plus.
Cela se pratique aussi en France, et le marketing militaire sait aussi utiliser la télévision.
La biométrie dès l'école.
J'ai évoqué plusieurs fois le problème de la biométrie (récemment suite à la destruction de bornes biométriques, et j'avais présenté ces techniques là et une application «grand public» ici).
Les technologies biométriques font l'objet d'une surveillance particulière de la CNIL, qui n'autorise pas le recours au formulaire de déclaration simplifiée lorsqu'il s'agit de la biométrie. Malheureusement la position de la CNIL reste plutôt laxiste car elle ne prend pas en compte les aspects «pression sociale» pour favoriser l'acceptation de ces techniques. Pourtant cette pression fait peser un risque important pour la protection de la vie privée sur .
En effet, l'acceptation de ces techniques par le public est un but de l'industrie électronique, tel qu'énoncé dans le célèbre Livre Bleu du Gixel. Approximativement au moment ou le procès des personnes qui avaient cassé des machines dans un lycée mettait une certaine lumière sur ces techniques et sur ce livre bleu, il a été légèrement modifié. Le passage enlevé mentionnait (il s'agissait de propositions, tout au long de ce livre), si j'en crois Jean-Marc Manach:
« La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles, il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles.
Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes :
- Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants.
- Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo
- Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet, ...
La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gène occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche. »
Même si vous pensiez que le passage auto-censuré n'avait jamais existé, il en reste suffisamment dans la version actuellement en ligne pour être édifié (il s'agit toujours de propositions au chapitre de la sécurité):
[...]les pouvoirs publics et les industriels s’entendront sur une action incitative en faveur de l’utilisation des moyens biométriques dans la vie courante, transactions « cardless », utilisation de la biométrie dès le plus jeune age. Les industriels de leur coté proposeront des applications de confort ou ludiques exploitant ces mêmes technologies pour faciliter leur acceptation par la population.
On retrouve les jeux video mentionnés précédemment pour le marketing militaire (réduit au ludique dans ce qui reste), et l'utilisation à l'école (partie enlevée, qu'on peut deviner sous utilisation de la biométrie dès le plus jeune age dans ce qui reste). Notons que contrairement au recyclage et à l'écologie, il s'agit de faire rentrer la biométrie à l'école par un usage vie courante et non pas par les programmes. Je devrais leur suggérer d'ajouter que les prochains manuels scolaires pourraient montrer des gens utilisant couramment la biométrie dans leur vie de tous les jours, ils ont du oublier.
Mentionnons ensuite, pour rester dans l'optique de la commission Creel, que le cinéma a commencé à utiliser la biométrie en la plaçant de manière omniprésente. On est passé de l'utilisation de l'iris présidentiel pour sécuriser l'accès à une bombe A dans un James Bond[1] à une biométrie permanente dans «Bienvenue à Gatacca» et dans «Minority Report»[2], par exemple. Volonté délibérée comme pour les films résultant du travail de la commission Creel ou simple résultat de l'air du temps? Difficile de ne pas se poser la question.
Ces introductions de la biométrie, au cinéma et dans la vie courante, posent comme axiome la totale efficacité de ces techniques. Ce postulat est faux. Faux parce que la biométrie repose sur des mesures, et que ces mesures sont soumises à des limites (la précision de la mesure) et à de possibles erreurs de lecture ou d'interprétation: la lecture des empreintes digitales peut donner lieu à des erreurs, la preuve par l'ADN également (Voir aussi «Les limites des bases de données génétiques de la police»). Vous trouverez chez Swâmi Petaramesh un exemple de gadget biométrique à la sécurité douteuse, avec une réflexion sur sécurité du machin.
Les sondages en politique sont-ils une pression ?
Les sondages politiques sont-ils neutres? Posé différemment, la diffusion des sondages paut-elle avoir une incidence sur le résultat du vote?
La question mérite au moins d'être posé. Le principal indice de la non-neutralité est l'expérience de Asch[3] mais elle ne peut pas s'appliquer telle quelle. Savoir à l'avance que plus de la moitié des français vont faire un certain choix peut-il avoir un certain effet sur les personnes les plus influençables?
Un autre élément est leur présentation: affirmer 6 mois avant les élections que si le vote avait lieu aujourd'hui 53% des électeurs voteraient Untel, et dans le même temps que seulement 18% des électeurs ont fait leur choix, n'a à peu près aucun sens. Mais c'est bien le 53% qui sera mis en avant et qui restera dans les esprits.
Un troisième élément est leur trucage officiel: cela s'appelle la rectification. Il s'agit de corriger les résultats d'un sondage d'un coefficient à peu près pifométrique[4]. Voici les explications de l'IPSOS:
Si les instituts de sondage publiaient les résultats bruts de leurs enquêtes, en période préélectorale, ils se tromperaient lourdement. Les intentions de vote recueillies posent, en effet, deux sortes de problèmes. Le premier vient de ce que tous les électeurs ne sont pas également accessibles. Certains d’entre eux refusent souvent de répondre aux enquêtes d’opinion, par crainte ou par hostilité à l’égard de l’univers politique [...]. D’autres électeurs ont, à l’inverse, tendance à répondre plus souvent que la moyenne aux sondages. [...] Deuxième cause de ' biais ' : certains électeurs n’osent pas dire pour qui ils ont l’intention de voter. [...] C’est pour corriger ces deux types de biais que les instituts ont recours à la technique du redressement. Il s’agit de corriger les chiffres bruts de l’enquête en utilisant la clef de la ' reconstitution du vote ' : on interroge les électeurs sur leur vote passé. [...]
L'avantage de la rectification, c'est qu'elle fournit aussi une bonne explication à posteriori pour les erreurs, en complément des électeurs qui se décident au dernier moment. Ceux-ci sont quand même plus souvent mis en avant, après un certain 21 avril je n'ai entendu qu'une seule fois la rectification être mise en avant pour expliquer le plantage.
Quelle conclusion en tirer? Les sondages n'ont vraiment aucune raison d'être présenté comme des photographies de l'opnion des français par rapport à des élections à venir, mais il s'en publie parfois plusieurs par jour dans les grandes périodes électorales, qui peuvent tous raconter la même chose et tous se tromper, comme 2002 nous l'a montré. Cela atteint un tel niveau qu'il est difficile de ne pas y voir une volonté de pression indirecte. Rappelez-vous que les sondages politiques sont rectifiés à chaque fois que vous en entendez-un, cela vous aidera à ne pas vous en soucier.
La publicité s'immisce également partout
La publicité ne se réduit pas à son utillisation des stéréotypes d'image de femmes. J'ai évoqué l'utilisation du cinéma comme mode de pression par la commission Creel, et noté sa mise en valeur de la biométrie dans deux films. La publicité n'est pas en reste, et utilise le film comme support de communication. Le premier film que j'ai vu pour lequel ça m'a vraiment choqué était Forrest Gump, mais c'est un procédé beaucoup plus ancien. Voici des exemples dans quelques films de sciences-fictions, et un article beaucoup plus complet avec une étude complète sur ''Minority Report''. (Mise à jour du 9 Mars 2006:) Il y a même des médicaments favorisant la bandaison dans des films pour enfants.
La notion de cerveau disponible est utile pour comprendre l'intérêt qu'ont les publicitaires à insérer les spots à l'intérieurs des films, mais comme le note cet article, ça peut aussi être un moyen de «contourner des interdictions» (concernant le tabac et l'alcool par exemple).
Notons que, pour la télévision (plus exactement les éditeurs de services de télévision), le décret n°92-280 du 27 mars 1992 interdit la publicité clandestine (article 9), et précise que « Les messages publicitaires ou les séquences de messages publicitaires doivent être aisément identifiables comme tels et nettement séparés du reste du programme, avant comme après leur diffusion, par des écrans reconnaissables à leurs caractéristiques optiques et acoustiques» (article 14). Il pourrait y avoir là de quoi interdire un bon nombre de films à la télévision.
Vous pensez peut-être qu'on est arrivé au bout de ce que la publicité pouvait inventer pour utiliser le cinéma? Je n'en suis pas si sûr. Extrait de la brève de PCInpact.com:
La télévision américaine commence à exploiter les nouvelles technologies pour créer un nouveau type de publicité, des objets virtuels incrustés dans le décor d'une émission, un trucage numérique réalisé après l'enregistrement. Le produit en question sera exhibé à un endroit précis pendant un temps défini, tout n'est ensuite qu'une question de rétribution...
Avec ces techniques on pourrait changer les publicités entre les versions cinéma et télévision, entre la version originale et sa traduction, etc. La publicité partout n'a pas fini d'attaquer les cerveaux disponibles.
D'autres pressions ?
Des puces RFID dans les passeports sous le prétexte de la sécurité, ça permet de pouvoir mieux accepter le risque d'être suivi électroniquement en permanence? Mais la technologie passera encore mieux si elle sert pour la santé. Un petit coup d'oeil à cet article autours des enjeux des puces RFID, dont voici la conclusion:
[...] force est de constater que RFID se répand, se généralise et fait partie du quotidien de nombreux citoyens, qui ne semblent pas en être dérangés outre mesure, ni se passionner pour le sujet.
Voici comment, petit à petit, on s'habitue à ce qui aurait semblé inacceptable quelques années plus tôt. Par une pression permanente multiforme pour rendre des concepts banaux alors qu'ils sont potentiellement dangereux.
Notes
[1] je ne sais plus lequel. Une idée ?
[2] où elle sert même à proposer des publicités personnalisées.
[3] Dans l'expérience de Asch, le groupe entend la réponse du sujet de l'expérience. Dans un vote l'isoloir protège l'anonymat. Mais la première partie de la pression reste là (savoir que vous êtes minotitaire dans votre réponse).
[4] il est basé d'après IPSOS sur l'écart des affirmations par rapport aux élections précédentes qui peuvent être très loin dans le temps.



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reflexions antipub qui paraissent logique:
http://www.casseursdepub.net/index.php?menu=doc&sousmenu=machine