Ce billet fait évidemment suite à ce coup de gueule, et vise à réfuter une certain nombre d'arguments douteux. D'autres réponses sont à lire ailleurs.

Images médiatiques des femmes & conséquences

Dans une réponse qu'il me fait, Swâmi Petaramesh sous-entend que l'image des femmes dans la publicité est sans grandes conséquences. Il le fait par un argument indirect: «Peux-tu faire la part des choses entre les "conséquences" réelles et les conséquences fantasmées, celles qui sont de pures constructions idéologiques ?». En voici une liste non limitative:

  • augmentation de la pratique de la chirurgie esthétique, très coûteuse et non remboursée. C'est très représentatif d'un problème d'estime de soi.
  • augmentation de la consommation de crèmes à se tartiner.
  • augmentation de la consommation de produits lights bourré d'aspartame (soupçonné d'être cancérigène), dont l'effet est l'inverse de celui anoncé (Plus les gens consomment de light, plus l'obésité augmente).
  • augmentation des troubles du comportement alimentaire. La ratio homme/femme des victimes d'anorexie est de 1/9. Les femmes sont également majoritaire pour la boulimie, beaucoup plus fréquente et en constante augmentation. Bien entendu, le poids de l'imagerie féminine dans la publicité est loin d'être le seul facteur. Mais un problème de représentation de soi et d'idealisation de la minceur est une caractéristique de l'anorexie mentale (pas nécessairement la cause principale).
  • Par ailleurs, l'inversion des rôles homme/femme dans les spots publicitaires provoque un renforcement de l'estime de soi des femmes spectatrices, selon des études de psychologie sociale. L'image des femmes telle qu'elle est véhiculée dans les medias, et en particulier dans la publicité, est un facteur de maintien de la domination sociale des hommes.

Mettons des hommes aussi ?

Un certain nombre de pourfendeurs des féministes en appelle à la symétrisation du procédé, en remplaçant le modèle féminin par un modèle masculin; comme si le fait de faire subir aux hommes la même chose qu'aux femmes était une quelconque justification. Il y a quelques tentatives dans ce sens, ici, ou encore -bas. Ce genre d'initiative me laisse largement perplexe. Il y a un là un raccourci affirmant que le problème vient de l'utilisation d'image de femmes, alors que le problème provient de la connotation associée à ces images dans la publicité[1] (femme dominée, soumise, ménagère, offerte...) connotation obtenue par divers effets parmis lesquels on notera la scéne et position du sujet, l'angle de prise de vue, le regard. L'utilisation du corps masculin par la publicité est en général rès différente de celle du corps féminin. Je l'ai d'ailleurs écrit en commentaire sous une de ces images, et la réponse de l'auteur ne laisse pas de doute là dessus: «En plus je sais pas si je serais arrivée à trouver des images d'homme soumis et fort. Ce sont deux idées qui s'opposent en mon sens. C'est bête à dire quand même...! Ca va mieux à la femme (ça passe tellement bien que ça choque plus). Ouhlala ils sont moches les restes de siècles de machisme !»[2]

L'image des femmes est utilisée depuis la plus haute antiquité[3]

La constatation précédente permet de réfuter aussi un autre argument soulevé, celui de l'utilisation du corps des femmes dans la statuaire et dans l'art dans les siècles des siècles. «Le genre à s'extasier devant une statue grecque ultra-réaliste ou l'extase de Teresa de Bernini» ne s'extasie pas devant des images connotées ni utilisées de la même façon que dans ces codes publicitaires. La publicité et l'art n'ont pas du tout le même but ni les mêmes façons de fonctionner. On ne peut pas comparer les comportements devant ces représentations tant leur sens est différent.

Et la liberté d'expression, alors ?

La liberté d'expression pour la publicité? ça me semble tout à fait incongru. Le discours publicitaire procède par manipulation, il est normal de limiter ses débordements. Il nes serait pas légitime d'interdire aux publicitaires de cibler les enfants, de vanter les mérites de produits cancérigènes ou de mentir?

L'autre question importante à ne pas oublier, c'est la limitation de la publicité elle-même, sa quantité et son intrusion un peu partout.

Les logiciels libres et la publicité.

L'utilisation de campagnes publicitaires par les logiciels libres pour se faire connaitre est parfaitement inutile. Il y a eu pire, les dirigeants de la société Mandrake (devenue depuis Mandriva) ont imaginé un jour de vendre les ordinateurs des utilisateurs de leur système comme un paneau publicitaire.

Tout cela nuit beaucoup à l'image des logiciels libres comme logiciels véhiculant une éthique. je crois que sans éthique, le logiciel libre n'existe plus. Ceci pour expliquer la virulence de mon coup de gueule initial, auquel je ne retire pas une ligne.

Notes

[1] publicité dont les codes sont repris par la campagne Femfox.

[2] J'avais suggéré soumis et désirables, désirable est donc devenu fort.

[3] et même depuis la préhistoire, si on veut.