Je n'avais pas encore fait de billet sur le sujet, le procès qui s'est tenu le 20 janvier dernier m'en donne l'occasion. J'ai déjà évoqué la biométrie (là aussi) il y a quelque temps, pour présenter ces technologies.

Du matériel de biométrie a été détruit dans un lycée par un groupe d'activistes déguisés, le 17 novembre 2005. On peut lire l'article de Libération (repris ici sous le communiqué de la LDH).

Des éléments sur cette affaire sont regroupés par le site anti biométrie. Vous y trouverez un certain nombre d'articles de presse, des textes de soutien, le compte-rendu de l'audience.

Il semble que le matériel détruit ait été installé sans les autorisations nécessaires de la CNIL, qui a pourtant un avis sur la question, ni des collectivités locales (qui ont en charge le financement des établissements scolaires). La CNIL a -hélas- déjà autorisé des établissements scolaires à s'équiper avec ces technologies, mais cela n'autorise pas les autres établissements à se dispenser de la demande d'autorisation préalable. Il y a un proviseur sanctionné lourdement parce qu'il a affiché son homosexualité[1], je n'ai pas entendu dire que les proviseurs[2] qui prennent ce genre de liberté avec les lois aient été sanctionnés.

Enfin ce matériel (si j'en crois le compte rendu d'audience fait par les activistes), avait été seulement prété au lycée (devis avec la mention "bon pour essai"). De quoi -une fois que tous les lycéeens concernés ont été scannés et habitués à ces techniques, et que l'usage est devenu habituel- forcer l'acceptation de la facture par le conseil d'administration et la collectivité responsable. Technique qui permet d'éviter le débat avant d'introduire la technologie, pour le reporter au moment où elle est déjà habituelle. Pour moi cette façon de procéder est une forme de manipulation.

La biométrie fait partie des technologies sécuritaires (avec la videosurveillance, les puces RFID), dont l'usage mérite un large débat dans la société, et encore plus lorsqu'il s'agit de les installer dans un établissement scolaire. Une lecture que je vous recommande fait le point sur cette question : «Ne laissez pas les machines jouer avec les enfants». Y réfléchir et lire les extraits censurés du livre bleu (plus complet ici) qui préconisait d'installer ces technologies partout pour y habituer les gens dès leur plus jeune âge, afin de faciliter leur acceptation. Ce sont des technologies poussées par l'Europe, également.

Par rapport aux établissements scolaires, plusieurs questions méritent d'être posées:

  • Le coût important de ces matériels, le coût de leur utilisation au quotidien. Il n'est pas sûr que mettre quelques surveillants supplémentaires (présence humaine) ne revienne pas moins cher. Sans même aborder l'effet régulateur des adultes sur les comportements sociaux des enfants, le simple aspect financier ne justifie pas le remplacement des seconds par les premiers.
    Une des difficultés pour la France est que les surveillants sont financés par l'état, alors que le budget des machines est du ressort des collectivités locales. De quoi inciter le premier à pousser aux technologies sécuritaires (économies pour les impôts nationnaux mais pas pour les impôts locaux).
  • Qui contrôle les fichiers? Les bases de données de l'Éducation Nationale sont centralisées au moins au niveau académique; ces fichiers biométriques sont ils sur des machines hors réseau ? Ces machines sont-elles sous le contrôle absolu de l'éducation nationale, ou leur maintenance est-elle (et donc l'accès aux données) confiées aux sociétés qui les installent? On peut faire plein de chose avec les fichiers de l'éducation nationale.
  • Les parents d'élèves ont-ils le droit de refuser individuellement que leurs enfants soit digitallisés ? Au prix de l'exclusion de la cantine ? Aujourd'hui on parle de gérer l'accès à la cantine. Et demain? les mêmes machines permettent de gérer l'accès à des batiments, il serait étonnant qu'elles ne finissent pas par gérer l'accès à l'établissement scolaire lui-même. Elles seront là; la majorité des enfants sera déjà enregistrée. Le refus individuel sera-t-il encore possible ?

Un peu d'humour pour finir[3]

Ces machines pourraient avoir une vrai place à l'école: elles devraient servir dans le cadre des activités scientifiques comme «la main à la pâte» à tester les moyens de les détruire. Résistent-elles à une immersion prolongée, à un coup de marteau, à une giclée d'acide, à une chute du premier, du deuxième étage ? Cela pourrait servir de support à un débat citoyen avec les élèves: «pourquoi faut-il les détruire?»

Deux citations

  • Bruce Schneier: «Si vous pensez que les technologies peuvent résoudre tous vos problèmes de sécurité, alors vous n'avez rien compris à vos problèmes ni aux technologies.»
  • Benjamin Franklin[4] : «Quiconque est prêt à sacrifier sa libérté pour une sécurité provisoire ne mérite ni l'un ni l'autre».

Notes

[1] derrière un pseudo, j'y reviendrai.

[2] il semble y en avoir plusieurs dans ce cas là.

[3] on est bien obligé de préciser que c'est de l'humour, sinon on se fait poursuivre pour incitation au vandalisme.

[4] peut être.