Dans le débat, juste relancé par le Ministre de l'Éducation, sur les méthodes de lecture, un certain nombre de chiffre reviennent dans la presse et sur internet.

chronologue: comparaison des méthodes

Merci au chronologue pour cette magnifique illustration, et à Jean Véronis pour son superbe blog.

Le taux d'illetrisme suivant l'âge

«l’INSEE a dénombré 4% d’illettrés chez les 18-24 ans, mais 14% chez les 40-54 ans et 19% chez les 55-65 ans.»[1] Cet argument est utilisé pour montrer que la méthode syllabique (utilisées lors de la passage à l'école par ceux qui sont aujourd'hui dans la tranche 55-65 ans) ne donnait pas de meilleurs résultats que les méthodes utilisées aujourd'hui, au contraire.

Ces chiffres sont faux. Ces chiffres sont issues de l'enquête INSEE 2004 sur Les difficultés des adultes face à l'écrit, et ils concernent l'ensemble des résidants en France, et pas seulement ceux scolarisés en France (pour lesquels on parle d'illettrisme). Il faut lire l'enquête 2005 pour y trouver un avertissement sur la différence. On trouve tout de même dans l'enquête 2004 cette valeur: 64% des personnes nées hors de France, et n'ayant pas appris à lire en Français sont en difficultés face à l'écrit. L'immigration directe étant arrétée dans les années 1970, cette catégorie est probablement sur-représentée dans la tranche des 55-65 ans, par rapport aux 18-25 ans. De la même manière, le taux des 18-25 ans peut être minimisé par la présence des étudiants étrangers. Dans l'enquête 2005 le taux d'illetrisme dans cet catégorie est signalée à 5%, au lieu de 4% pour l'ensemble des résidants de 18-25 ans.

Ne me faites pas dire que l'illetrisme (donc concernant les personnes scolarisées en Français et en France) est moindre chez les 55-65 ans que chez les 18-25 ans, je signale juste que l'écart n'est probablement pas dans le rapport 4%/19%.

L'interprétation est discutable. L'INSEE ajoute aussi un certain nombre de facteurs annexes: la faible durée des études est en corrélation avec le taux d'illetrisme, et cette durée était plus faible il y a quarante ans; sans oublier que la faible pratique a pu provoquer l'effritement des compétences acquises.

Difficile de faire dire à cette étude que les jeunes sont moins souvent en difficulté s’agissant de la lecture que les personnes plus âgées : 4% des 18-24 ans contre 14% des 40-54 ans et 19% des 55-65 ans, qui, pourtant, ont tous appris à lire avec une méthode purement syllabique[2]. Difficile d'en tirer une quelconque conclusion sur la supériorité ou non d'une méthode ou d'une autre.

Notons aussi que les 4% d'illettrés chez les 18-25 ans se transforment à 11 (ou 12%) de personnes ayant au moins de très faibles capacités en lecture (ou étant au moins en difficultés partielle en lecture) d'après les statistiques à 17 ans des JAPD (ou selon l'enquête INSEE 2004 pour les 18-25 ans). Il ne faut donc pas conclure que 96% des jeunes savent lire correctement en sortant de l'école, ce serait nettement abusif.

Le taux d'illetrisme à la sortie du système scolaire

rien ne permet d'affirmer que les méthodes d'enseignement de la lecture sont en cause. «Sinon, comment expliquer que le chiffre de 4 % de non-lecteurs en sixième grimpe à 11 % dans les zones d'éducation prioritaire, alors que les méthodes de lecture utilisées sont les mêmes ?»[3]

Cet argument suppose que les enfants apprennent à lire uniquement dans le cadre scolaire. Le Ministre parle de 100 000 exemplaires d'une célèbre méthode syllabique vendue chaque année. De quoi expliquer cet écart, sachant qu'il y a 730 000 élèves en CP environ, non?

Notons que cela peut expliquer cet écart dans les deux sens: si la méthode est plus achetée par les familles scolarisée en ZEP, elle peut expliquer un taux d'échec plus important (en disant qu'elle dégoute de la lecture, par exemple); tandis que si elle est plus achetée hors ZEP, elle peut expliquer un taux de réussite supérieur (elle favoriserait alors l'apprentissage de la lecture).

Conclusion

L'uitlisation des chiffres en argumentation est très fréquente. J'espère avoir mis en évidence qu'il ne faut pas croire à tous les chiffres sans une petite vérification et une petite réflexion critique.