La campagne d'équipement des étudiants en ordinateurs portables fait beaucoup jaser. D'abord parce que le ministère n'a pas réussi à convaincre tous les fabricants, ensuite, parce qu'il faut bien se demander à quoi tout cela va-t-il servir, mis à part faire rentrer 19,6% de TVA dans les caisses de Bercy, des intérêts bancaires dans les caisses des banques, et du chiffre d'affaire dans les comptes des fabricants d'ordinateurs et des éditeurs de logiciels.

Une première réponse m'a été donné hier par une étudiante, «obligée» de s'abonner à Internet pour récupérer ses polycopiés et rendre ses devoirs; elle est inscrite dans une formation classique, pas dans une formation à distance. L'équipement en salles libre-service des université ne doit pas suffire, alors les étudiants s'endettent un peu pour y palier. J'espère me tromper sur cet aspect mais j'ai peu d'espoir.

L'aspect suivant, qui est le plus important, est celui des contenus. Il y a quelques temps déjà, le ministère avait organise (et financé) l'Espace Numérique des Savoirs. Une version modifiée de Mozilla avait été préparée qui permettait de se connecter à une plateforme, qui donnait l'accès à des ressources en ligne. Les ressources étaient sélectionnées pas le MEN, et leur contenu subissait une validation pédagogique, analogue à celle que subissent les logiciels candidats à la marque RIP. Il y avait quelques aspects franchement négatifs: en particulier les éditeurs laissaient les Pop-Up publicitaires, mettant cette plate-forme en contradiction avec le principe de neutralité commerciale de l'école. La version choisie de Mozilla (1.0) ne permettait pas de les bloquer, contrairement aux versions plus récentes. Un autre aspect regrettable, à l'heure de l'intégration scolaire des handicapés, était l'absence totale de réflexion quant à l'accessibilité des contenus en ligne.
Le ministère a finalement décidé l'abandon de cette plateforme au profit de plateformes entièrement privées, sans validation des contenus, et payantes pour les établissements scolaires[1]. Ayant une petite idée des budgets affectés à la pédagogie dans un collège moyen, les tarifs[2] me semblent tout à fait exagérés[3]. Je ne pense pas que ce genre d'initiative soit viable à long terme sous cette forme, mais je ne suis pas devin non plus[4].

Donc pour ce qui est des contenus pédagogiques, je crains que nos étudiants ordinateurisés ne doivent se contenter de ceux préparés dans leur université, et de l'internet accessible à tous. À moins que leurs moyens ne leur permette de s'offrir eux-même des contenus payant, en plus du coût de leurs études. Les fractures numériques & sociales ont vraiment de beaux jours devant elles.

Pour finir ce billet de mauvaise humeur, on peut également regretter que le ministère se soit contenter de parrainer des ordinateurs dont le contenu logiciel est choisi par le fabricant. À l'heure ou les administrations s'équipent plutôt en logiciels libres, imposer la préinstallation de Mozilla Firefox et d'OpenOffice.org sur des ordinateurs destinés aux étudiants aurait été une idée bienvenue. Je me réjouirai donc juste du fait que les logiciels libres ne sont pas totalement absents de la liste.

Notes

[1] Cela signifie que ce sont les collectivités locales qui payent. Et cela reposera le problème de la fracture numérique entre régions/départements/communes riches et pauvres.

[2] voir les tarifs du CNE et du KNÉ.

[3] Je ne parle pas de l'adéquation entre les tarifs et le contenu, dont je ne discuterai pas, mais de l'adéquation entre les tarifs et les moyens des établissements scolaires.

[4] Je serais heureux de publier à la suite de ce billet des avis contraires, ou de mettre des liens vers ceux-ci.