Dans son expresso du jour, Le Café Pédagogique commente assez négativement la nouvelle circulaire sur l’enseignement du français au collège.

J'ai eu l'oeil attiré par la phrase sur les correcteurs orthographiques:

Une grande vigilance orthographique est demandée, constamment et pour l’ensemble de leurs productions écrites, aux élèves. L’usage des manuels et de l’outil informatique (correcteur automatique) permet à l’élève de trouver les informations qu’il recherche.

Ainsi donc, l'usage d'un «correcteur orthographique», «pour l’ensemble de leurs productions écrites» permet d'«assurer une grande vigilance orthographique». C'est comme de dire que l'usage de la calculatrice permet d'avoir une grande vigilance sur l'exactitiude des calculs. Mais pas plus que les calculatrices ne facilitent l'apprentissage du calcul, le correcteur orthographique ne facilite l'apprentissage de l'orthographe.

D'abord, Le correcteur orthographique ne donne pas un résultat exact[1]. Un correcteur orthographique travaille en estimant quel sont les mots orthographiquement proches qui peuvent convenir. Il propose donc en fonction du nombre de lettres d'écart. «foie» à le place de «fois» le laisse de marbre, mais éventuellement il pourrait tout aussi bien proposer «foi» ou «foire» comme remplaçant. Bref, pour s'en servir convenablement il faut déjà connaître l'orthographe. Pqoi t parti j tem devrait le laisser plutôt perplexe. Et je ne parle pas des erreurs grammaticales.

Autant faire des calculs à la main peut être long, surtout si on manque d'entraînement ou que les algorithmes de calcul ne sont pas connus, autant pour l'orthographe d'un mot, il est plus rapide de lever la main et de demander à l'enseignant, qui peut d'ailleurs rappeler quelques moyens mnémotechniques au passage. Si un enfant doit chercher tous les mots, il ne va plus produire grand chose tant cela va être long!

Ensuite, la généralisation de l'usage des outils technologiques comme la calculette ou le correcteur produit l'habitude suivante; au lieu de chercher dans sa mémoire ou de se demander s'il ne pourrait pas trouver facilement la réponse seul, l'enfant dégaine son outil technologique et lui demande. Il n'a pas besoin de développer son aptitude à trouver l'orthographe, ou à calculer de tête ou sur un brouillon, la machine connait la réponse pour lui. C'est ainsi que j'ai vu des terminales STI électrotechniques dégainer comme un seul homme une calculatrice pour finir un exercice: il fallait calculer -1x2.

Bref «la valorisation de l'effort personnel et répété des élèves» devient une valorisation de la vitesse de sortie de l'outil technologique de son étui.

Lucky Luke n'a qu'à bien se tenir!

Notes

[1] ou avec une précision connue et prévisible.