La technologie comme palliatif à l'ignorance: correcteur orthographique et calculatrice
Par yves le vendredi, septembre 24 2004, 15:48 - General - Lien permanent
Dans son expresso du jour, Le Café Pédagogique commente assez négativement la nouvelle circulaire sur l’enseignement du français au collège.
J'ai eu l'oeil attiré par la phrase sur les correcteurs orthographiques:
Une grande vigilance orthographique est demandée, constamment et pour l’ensemble de leurs productions écrites, aux élèves. L’usage des manuels et de l’outil informatique (correcteur automatique) permet à l’élève de trouver les informations qu’il recherche.
Ainsi donc, l'usage d'un «correcteur orthographique», «pour l’ensemble de leurs productions écrites» permet d'«assurer une grande vigilance orthographique». C'est comme de dire que l'usage de la calculatrice permet d'avoir une grande vigilance sur l'exactitiude des calculs. Mais pas plus que les calculatrices ne facilitent l'apprentissage du calcul, le correcteur orthographique ne facilite l'apprentissage de l'orthographe.
D'abord, Le correcteur orthographique ne donne pas un résultat exact[1]. Un correcteur orthographique travaille en estimant quel sont les mots orthographiquement proches qui peuvent convenir. Il propose donc en fonction du nombre de lettres d'écart. «foie» à le place de «fois» le laisse de marbre, mais éventuellement il pourrait tout aussi bien proposer «foi» ou «foire» comme remplaçant. Bref, pour s'en servir convenablement il faut déjà connaître l'orthographe. Pqoi t parti j tem devrait le laisser plutôt perplexe. Et je ne parle pas des erreurs grammaticales.
Autant faire des calculs à la main peut être long, surtout si on manque d'entraînement ou que les algorithmes de calcul ne sont pas connus, autant pour l'orthographe d'un mot, il est plus rapide de lever la main et de demander à l'enseignant, qui peut d'ailleurs rappeler quelques moyens mnémotechniques au passage. Si un enfant doit chercher tous les mots, il ne va plus produire grand chose tant cela va être long!
Ensuite, la généralisation de l'usage des outils technologiques comme la calculette ou le correcteur produit l'habitude suivante; au lieu de chercher dans sa mémoire ou de se demander s'il ne pourrait pas trouver facilement la réponse seul, l'enfant dégaine son outil technologique et lui demande. Il n'a pas besoin de développer son aptitude à trouver l'orthographe, ou à calculer de tête ou sur un brouillon, la machine connait la réponse pour lui. C'est ainsi que j'ai vu des terminales STI électrotechniques dégainer comme un seul homme une calculatrice pour finir un exercice: il fallait calculer -1x2.
Bref «la valorisation de l'effort personnel et répété des élèves» devient une valorisation de la vitesse de sortie de l'outil technologique de son étui.
Lucky Luke n'a qu'à bien se tenir!
Notes
[1] ou avec une précision connue et prévisible.









Commentaires
Euh... à propos d'orthographe: algorithme ne s'écrit pas avec un y ;-)
Sinon pour le correcteur orthographique, je suis d'accord: rien ne vaut l'humain. Tant que la machine ne saura pas comprendre un texte, il restera des imprécisions dans les correcteurs orthographiques (car des choix peuvent dépendre du sens, comme dans "censé" contre "sensé").
Arf... Merci pour la correction. Mea culpa, mea maxima culpa.
Je dois quand même insister un tout petit peu: la question n'est pas tant dans l'imperfection de la réponse des outils, que dans leur inadéquation à favoriser l'apprentissage. La calculatrice répond juste, tant qu'on ne la pousse pas trop loin. Mais elle n'en a pas pour autant sa place dans l'apprentissage du calcul. Même si un jour le correcteur orthographique ne se trompait plus, il n'en deviendrait pas plus intéressant dans une classe pour autant.
Bonjour,
Je pense que personnellement, l'usage du correcteur d'orthographe m'a permis d'améliorer mon orthographe.
Le fait que justement, il ne donne pas un résultat exact mais souligne une faute éventuelle, demande de la réflection à l'utilisateur. Celui-ci doit faire l'effort de comprendre son erreur pour choisir la bonne réponse. Donc ce n'est pas comparable à une calculatrice.
Ensuite comment un élève pourrait-il lever le doigt si il n'a même pas conscience qu'il est en train de faire une faute d'orthographe ?
Je pense qu'à force de voir le correcteur d'orthographe souligner une faute, on mémorise finalement la bonne orthographe.
Enfin, il est tout de même pénible de voir le correcteur buter sur chacun des mots qu'on a mal orthographié, et donc on finit par faire plus attention à l'orthographe en rédigeant le texte initial.
Enfin si on suit votre raisonnement, il y a t-il un interêt pédagogique à faire des dictées ? Puisqu'on peut considérer l'enseignant qui corrige la dictée comme une sorte de super correcteur orthographique.
J'espère que j'ai pas fait trop de fautes (mince il n'y a pas de correcteur d'orthographe ici !)
je vous remercie de votre témoignage, c'est intéressant.
Vous avez raison: le correcteur permet de se rendre compte de certaines fautes. Avec cet écueil: il risque également de donner un faux sentiment de correction sur les mots non soulignés, et il est très loin de repérer toutes les fautes.
Je n'ai pas dit qu'un correcteur était sans intérêt, j'ai dit qu'il était sans intérêt pour apprendre l'orthographe. Ce qui vous a permis d'en tirer profit, c'était que vous l'aviez appris avant. Ce n'est pas lui qui vous l'a appris, en d'autres termes.
L'intérêt des dictées? c'est un outil d'évaluation, qui permet de connaître sa position vis à vis de l'orthographe. C'est aussi un outil qui permet de travailler sur le sens d'un texte, seul le sens permet de connaitre l'orthographe dans un texte. Maintenant je doute que la dictée puisse à elle seule permettre d'apprendre l'orthographe. Et contrairement au correcteur orthographique, le nombre de fautes calculé par l'enseignant est une réalité dont la précision est mesurable.
L'intérêt de l'outil dépend pour une bonne part de celui qui l'utilise, le témoignage de Géry le démontre bien : il s'interroge sur les questions que lui pose le correcteur automatique, il trouve pénible que la machine s'arrête souvent et tente d'y remédier.
Un autre choisira le processus automatique, où la machine ne pose pas de question et se débrouille toute seule, quitte à laisser des énormités ou créer des contre-sens. Il s'en fout.
Dans le premier cas le correcteur orthographique peut se révéler un outil d'aide à l'apprentissage ; dans le deuxième, ce qu'il corrigera sera toujours mieux que rien !
Tout à fait, Kozlika. Mais cela ne donne pas à un correcteur orthographique une quelconque importance dans le processus d'apprentissage. C'est comme une calculatrice: au travail ou à la maison, cela peut être très utile (et je ne suis pas le dernier à utiliser ces outils). En classe c'est sans intérêt, et cela peut même devenir nuisible. On l'a vu avec les calculatrices depuis vingt ans, malgrè les discours qui prétendaient que cela aiderait les enfants à corriger leurs erreurs de calcul (autovérification).
Tout dépend de ce qu'on veut enseigner aux enfants: le calcul (j'allais dire "bête"), ou bien un niveau d'abstraction au dessus, en prenant en compte le fait que dans la vie (professionnelle ou domestique), on a souvent à sa disposition une calculatrice, et donc qu'il serait inutile de passer des mois à apprendre ses tables de multiplication (par exemple).
Autre exemple: de nos jours, on n'utilise plus de table de logarithmes (bon d'accord, c'est moins courant).
Je suis d'accord qu'il faut continuer à enseigner les principes, et que ça peut être plus utile de savoir compter de tête que d'avoir à sortir un outil pour le faire (quand on a les mains occupées dans la file d'attente de la caisse du supermarché, par ex.), mais si on le faisait pour tout, on ferait plus d'apprentissage, et d'"entraînement" que de réflexion à l'école (je pense à l'apprentissage des dates en histoire, par exemple).
Ne vaut-il pas mieux une tête bien faite que bien pleine?
Je partage tout à fait vore sentiment, c'est d'ailleurs ce que dit Michel Delord aussi dans le document que j'ai déjà évoqué.