La crédibilité de l'information: la blogosphère
Par yves le jeudi, septembre 23 2004, 08:31 - B2i - Internet & Information - Lien permanent
Dexième volet sur la crédibilité de l'information, après wikipédia la blogosphère.
Bien sûr, cette blogosphère est un ensemble flou et mouvant de carnets web de qualité tout à fait inégale, et dont les sujets varient des vacances à la Bourboule aux formats de fichiers (dont il faut qu'il soient ouverts), en passant par la vie d'un avocat. Ces sites se lient les uns les autres par l'intermédiaire de trackbacks (qu'on pourrait traduire par rétrolien, c'est un lien de retour d'information envoyé par un autre site).
Les blogs portant sur un même sujet peuvent-ils être une source d'informations crédible sur ce sujet? Comme d'habitude, je pourrais dire que:
La question de la crédibilité de l'information est une question à se poser en permanence lorsque nous lisons un journal, écoutons la radio, regardons la télé, naviguons sur la blogoshpère ou lisons un article de Wikipédia.
Mais je voudrais pousser la réflexion un petit peu plus loin.
Quel est le but du blogueur?
Quelqu'un qui fait un carnet sur un sujet donné a de bonne chance d'être soit impliqué professionnellement par ce sujet là, soit passioné par ce sujet, les deux ne s'excluant d'ailleurs pas. Partant, il y a quelques chances que les informations qu'il donne soit intéressantes et bien renseignées.
Ceci dit il donne un éclairage nécessairement partial. Si vous y réfléchissez un peu, vous admettrez sans trop de peine que toute information donnée par une seule source est partiale. Même un journaliste déontologiquement correct a une perception biaisée par son expérience du sujet. Il doit multiplier ses sources pour présenter une information complète, mais il la présente en décidant lui même de ce qui vaut la peine d'être dit. Dans la cas de la blogosphère, ces liens sur le même sujet permettent, de lien en lien, un tour d'horizon assez complet. D'autant plus que les blogueurs traitant d'un même sujet se répondent les uns aux autres, apportant démentis, éclaircissements et précisions. Ce n'est plus une seule personne qui choisit ce qui vaut la peine d'être dit, mais un groupe, ce qui permet une information plus contradictoire et plus étofée. Une variété d'information que ne permettent plus les médias classiques.
Ceci étant dit on devrait arriver à trouver des morceaux de blogs avec des informations douteuses, ça m'étonnerait qu'aucun blogueur ne croit au paranormal.
La blogosphère est-elle fiable?
Jean-Baptisite Soufron nous propose son analyse à partir de la façon dont les blogueurs républicains (ça se passe aux USA) ont démonté un bidonnage de CBS News[1].
Voici la façon dont il présente le phénomène blogosphère[2]:
Qu’est ce en effet que la blogosphère sinon une gigantesque usine où chaque information qui rentre est immédiatement disséquée, analysée, démontée, reconstruite, appropriée. Quand l’information est issue de la blogosophère elle-même, c’est l’information d’un amateur éclairé, c’est un avis de passionné, une gentille lubie de geek. Quand l’information est issue de l’extérieur de la blogosphère, on réalise soudain que cette usine est surtout un formidable réservoir critique. Un monstre représentant des centaines de milliers d’internautes dont les capacités de travail cumulées sont à même de remettre en question le travail de n’importe quel organe de presse qualifié de sérieux. Exagération, enthousiasme technophile ?
Voici sa conclusion:
Toute la critique des médias vient visiblement du public et des moyens modernes de publication et de diffusion qui sont mis à sa disposition. C’est l’exemple en France du site acrimed, du rezo.net, etc. L’étape suivante, c’est peut-être l’exemple des USA où des bloggers se retrouvent dans des pyjama parties géantes pour combattre les tentatives de manipulation médiatique.
A l’heure où les médias limitent visiblement leur rôle à essayer de vendre du temps de cerveau disponible, le modèle de l’open journalisme des weblogs s’impose comme une solution séduisante. A l’image de l’encyclopédie libre wikipédia, l’intérêt du blog réside surtout dans le fait qu’on peut retracer l’évolution d’une idée ou d’une argumentation, voire les différentes étapes de son élaboration et de sa critique ; bref, critiquer le processus d’élaboration de l’information lui-même et non pas seulement l’information.
Il y a une suite, qui est la réaction du New-York Times à cette histoire. Voici ce qu'en pense Jean-Baptiste Soufron:
Malheureusement, le magazine axe essentiellement sa ligne éditoriale sur la défense du journalisme classique en essayant d’expliquer que les weblogs ne pourraient pas exister sans lui. C’est bien possible, mais cela n’explique pas le pronfond changement qui est en train de s’opérer dans notre environnement médiatique.
[...]
Or les médias classiques ne semblent pas prendre la mesure de cette évolution. Ils analysent encore les weblogs comme des outils de publication à leur image, en plus nombreux et en plus amateurs. Pourtant, ce qui fait la force de ces outils, c’est leur coordination, la façon dont on peut remonter la chaîne de l’information jusqu’à tel ou tel post sur un forum, critiquer la façon dont l’argumentation s’est développée de site en site, etc.
Il faudra peut-être se poser la question de la crédibilité des informations qui ne viennent pas de la blogosphère, au lieu de se poser celle de la crédibilité des informations qui en viennent.
Mise à jour:
Cette affaire est également racontée, avec d'autres exemples, par Michel Dumais, au Québec[3]: Quand la blogosphère secoue les médias traditionnels.
Notes
[1] On peut d'ailleurs interroger ce genre d'événement en se demandant si les medias ne tentent pas de substituer à leur rôle de diffusion d'informations un rôle de créateur d'informations, et se demander quel en est le but. De ce point de vue le rôle de critique des medias de la blogosphère est essentiel. Mais les citoyens n'ont pas besoin d'internet pour être méfiant (c'est aussi un article paru dans Libération).
[2] Je cite de larges extraits, mais vous devriez vraiment lire les liens attentivement. La citation dénature le propos.
[3] si j'ai bien compris.







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