Le vote électronique arrive
Par yves le samedi, août 21 2004, 22:00 - C2i - Enjeux & Évolution - Lien permanent
Et c'est surement pas une bonne chose. Le vote, c'est le moment ou les citoyens participent à la vie de la nation. Il est essentiel que chacun puisse en comprendre le fonctionnement et en contrôler la régularité. Pas besoin de penser à l'élection de G.W. Bush pour être contre[1], il suffit d'avoir des principes. Même un logiciel présenté comme opensource pourrait avoir été trafiqué au moment de sa compilation avant de le mettre dans une machine à voter!
Alors un billet/dossier de padawan.info contre le vote électronique est à lire absolument. Notons qu'il parle du vote avec des machines à voter électroniques dans un bureau de vote avec isoloir, là ou d'autres envisagent déjà le vote via internet depuis son domicile. Lire en particulier la synthèse du forum de discussion sur le vote électronique, qui donne une vue assez complète du problème.
Le site du sénateur Robert del Picchia présente quelques arguments en faveur du vote électronique, en particulier dans ce document au format word!. Certains de ses arguments sont douteux , comme l'augmentation de la participation[2], ou bien cette phrase «Transparence : le contrôle des élections est fait par les citoyens», par exemple. La question du coût n'est pas abordée complètement non plus («Combien ça coûte ? En moyenne, un électeur par internet coûte 1 euro/vote y compris l’envoi postal de son code et mot de passe identifiant sur sa carte d’électeur. C’est moins cher que le vote en personne (papier ou utilisation de machine à voter).»), on peut par contre lire dans les recomandations du forum des droits sur internet pour en avoir une idée plus nuancée.
Un site belge regroupe des informations sur les problèmes rencontrés en belgique (où le vote est obligatoire) avec des machines à voter. J'aime particulièrement cette histoire qui est aussi détailée ici. Un article moins amusant mais plus inquiétant (où sont passés les 13 votes manquants?) est ce compte rendu de l'expérimentation de Brest.
Enfin, cet article de Transfert.net présente les revendications pour un vote électronique acceptable: faire en sorte que les votes et les résultats puissent être vérifiés, et en détaille les principaux enjeux.
Notes
[1] Le problème de cette élection n'est pas une erreur ou une manipulation liée à l'informatique, mais il y à quand même un lien: l'éloignement des citoyens de la procédure de vote, depuis la constitution des listes électorales jusqu'au mode de fonctionnement du dépouillement, est favorisé par les systèmes très opaques. Une analyse assez intéressante de l'aspect juridique de l'élection elle-même (le fameux décompte des voix) se trouve chez Eolas, et je m'autorise le commentaire suivant: Curieux qu'une démocratie trouve normal une telle imprécision dans le résultat de l'expression popuaire.
[2] qui peut exister, comme le surcroit de motivation des élèves avec l'usage des TICE. Mais qui ne peut guère être que transitoire, liée à la curiosité face à la nouveauté...




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Commentaires
Commentaire au commentaire "Curieux qu'une démocratie trouve normal une telle imprécision dans le résultat de l'expression popuaire."
Je reprends ici une réponse que j'ai faite à une remarque identique.
En fait, dans une démocratie, une vraie démocratie, j'entends, ce qui importe, c'est que chaque mandat soit attribué légalement et dans la transparence. L'imperfection est consubstantielle à toute élection. Il faut que le degré d'imperfection soit connu de tous, que l'autorité légalement constituée proclame un résultat qui ne pourra plus être contesté.
Dire que le scrutin permet de connaitre exactement la volonté du peuple est une fiction. Même en France.
D'abord, l'abstention. Comment savoir ce que veut le peuple s'il se tait ? Ca ne veut pas dire qu'il ne pense rien ou se désintéresse. Par exemple, je me suis abstenu deux fois. Aucune de ces deux fois n'indiquait un désintérêt de ma part, j'ai eu deux empêchements.
Ensuite, le peuple n'a le choix qu'entre un certain nombre de réponses : oui ou non, untel ou bidule, point. C'est comme demander au souverain de s'exprimer en utilisant un vocabulaire réduit à 20 mots...
De plus, une élection n'est qu'un instantanné de la volonté très mouvante du peuple. D'un mois à l'autre, d'une semaine à l'autre.
Mon pannonceau indiquant les prévisions du résultat Bush-Kerry le montre : Kerry aurait gagné les élections il y a 15 jours. Il les perdrait aujourd'hui. Pourquoi est ce le 2 novembre 2004 que le résultat comptera ?
Enfin, chaque scrutin est émaillé d'incidents. Un électeur peut se tromper de bulletin, en glisser deux par erreur dans l'enveloppe, avoir un accident qui l'empeche de voter, etc.
Chaque élection est donc un résultat qui ne reflète pas la réalité de la volonté du peuple, par trop insaisissable.
Les tyrans s'y référeront volontiers car il est aisé d'assoir un despotisme sur une base aussi difficile à cerner.
La démocratie place donc au dessus de la volonté du peuple, irresponsable et parfois capricieux, la loi, stable, connue de tous, égale pour tous.
En France,en cas de pataquès, le Conseil constitutionnel arrêterait un résultat et proclamerait un président élu, et cette élection ne saurait être contestée, quelle que soit les critiques qu'on peut lui faire.
C'est le cas pour le Président actuel.
On sait qu'un très grand nombre de ceux qui ont voté pour lui au second tour n'étaient pas sincères, ne voulaient pas de lui comme président, voire le haïssaient. Une volonté exercée sous la contrainte, en l'occurence la peur de voir l'Autre élu, est elle la volonté saine, éclairée et raisonnée sur laquelle repose la démocratie ? Non, en rien. Imaginons que l'Autre décide de soulever ce point pour demander l'annulation de ces voix comme exprimant un consentement vicié. Sur le fond, il n'aurait pas tort. Le scrutin du 5 mai 2002 (80% des voix pour M. Chirac) ne représente en rien, même pas de loin, la volonté du peuple.
Pourtant, Jacques Chirac est bien président de la République. La France n'a pas perdu son statut de démocratie le 5 mai 2002.
Bon, comme je ne vais pas répondre en double, c'est là-bas (www.u-blog.net/eolas/note... ), sur l'excellent blog d'Eolas (www.u-blog.net/eolas ) sur la justice.