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B2i - Internet & Information

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mercredi, janvier 11 2006

Réflexions sur Wikipedia, les enseignants, le droit d'auteur et l'éthique.

Ce billet fait suite à celui sur l'attitude du café pédagogique par rapport à wikipedia, dont je vous recommande la lecture préalable. Il contient des réflexions et des informations connexes.

La controverse sur Wikipedia

Ainsi que je l'ai signalé, Wikipedia a subit récemment une importante controverse, largement relayée sur Internet et dans la presse écrite: une information fausse (autant dire une une diffamation) est restée en ligne 132 jours. Voici comment la version française de Wikipédia relate cette affaire aujourd'hui, dans une article sur la victime qui porte la qualification d'ébauche à compléter:

En septembre 2005, [John Seigenthaler] découvre un vandalisme de la part d'un contributeur anonyme sur la version en anglais de sa biographie sur Wikipédia, où il était écrit : « was thought to have been directly involved in the Kennedy assassinations of both John and is brother Bobby » (il a été soupçonné d'avoir été directement impliqué dans les assassinats de John et Bobby Kennedy). Ladite biographie ajoutait : « Nothing was ever proven » (Rien n'a jamais été prouvé).
Cette information, fausse, l'a poussé à prendre contact avec le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, pour que ce dernier supprime cette diffamation.
Bien que des vandalismes de ce genre aient déjà eu lieu sur Wikipédia, la particularité de ce dernier est qu'il soit resté en ligne très longtemps (du 29 mai 2005 au 5 octobre de la même année) et qu'aucun contributeur n'ait relevé cet ajout diffamatoire. De par la durée de sa présence sur Wikipédia, l'information a eu le temps d'être copiée et reliée à d'autres sites.
John Seigenthaler s'en est ouvert sur USA Today, le 29 novembre 2005, dans une opinion libre. Il a été invité sur CNN et sur la National Public Radio les 5 et 6 décembre 2005. Considérant avoir été diffamé, il a effectué des recherches qui lui ont permis de constater que le contributeur de cette mention était anonyme. C'était un client de BellSouth Internet, mais les lois américaines sur la protection de la privacy ne permettent pas de connaître l'identité des utilisateurs d'Internet, même s'ils publient du contenu offensant. Du coup, refusant une action judiciaire incertaine, il a préféré écrire sur USA Today que : « Wikipedia is a flawed and irresponsible research tool » (Wikipédia est un outil de recherche défectueux et irresponsable).
En l'occurrence, le responsable de cette indélicatesse a fini par se dénoncer : il s'agit de Brian Chase qui semble ne pas avoir pris conscience de la portée désastreuse de ce scandale pour l'encyclopédie libre. Il faut cependant relativiser celle-ci : la presse, elle-aussi, peut véhiculer des informations tendancieuses ou fausses sans qu'on remette en doute son existence.

Notons tout de suite que la façon dont l'auteur a été retrouvé diffère[1] sur la version anglaise, dans l'article consacré à cette affaire:

Daniel Brandt, a San Antonio privacy activist who had started the anti-Wikipedia "Wikipedia Watch" in response to problems he had with his eponymous article, found that the IP address used to create the false biography was the host to a website at an IP address belonging to a BellSouth customer, which contains the text, "Welcome to Rush Delivery". He contacted the company, the media, and Seigenthaler personally.
On December 9, Brian Chase, a 38 year old operations manager at Rush Delivery in Nashville, admitted he had placed the allegations there to play a joke on a colleague. Chase then resigned from his job at Rush Delivery.
After receiving a hand-written apology and speaking with Chase on the phone, Seigenthaler decided he would not file a suit and urged Rush Delivery to rehire Chase.

Tout d'abord deux remarques:

  1. La presse (y compris papier) s'est largement faite l'écho du début de l'affaire, mais je n'ai vu nulle part de mention de sa conclusion (plus précisément: ) l'information a été traitée, notament par Libération (repris ici), mais beaucoup moins reprise que l'information originelle. Par exemple tf1 a repris l'information[2] sans donner la conclusion.
    Cette déformation dans le traitement de l'information entre les deux faces d'un problème est hélàs classique. J'y reviendrai dans un autre billet.
  2. Même si (et c'est le cas) le fait que l'auteur ait été retrouvé ne change rien à la réflexion critique qu'il faut mener sur Wikipedia, cela donne un contre-exemple à ceux qui croient que les articles de Wikipedia sont nécessairement anonymes parce que non signés. L'anonymat sur Internet, ce n'est pas si simple qu'un absence d'identification. Et sa responsabilité peut être engagé même par une modification anonyme de Wikipedia.

Wikipedia a toujours été présentée comme fonctionnant sur le même principe que les logiciels libres. Si les idées de partage et de collaboration sont effectivement présentent dans les deux concepts, le fonctionnement a des différences importantes: dans un projet de logiciel libre, il y a (ou plusieurs) responsables qui décident si les modifications de code proposées vont être intégrées ou pas. Dans Wikipedia les administrateurs ne décident le retrait de modifications qu'à posteriori. Bien sûr, la nature n'est pas la même, et il est difficile d'imaginer une équipe d'administrateurs ayant assez de compétences pour décider d'accpeter ou non des modifications d'articles de wikipedia.

Une première décision, sur le version anglaise de Wikipedia, a été d'interdire la création d'article aux personnes qui ne se sont pas identifié. Cela, bien sûr, ne règlera qu'une moitié du problème. Une réflexion semble en cours pour sécuriser davantage les articles. Une possibilité pourrait être de décider de les figer à un moment où ils semblent satisfaisants. Il faudrait alors, pour pouvoir les modifier, le demander explicitement (en le justifiant). Cela rapprocherait le concept du fonctionnement des logiciels libres, et permettrait d'avoir une liste d'articles considérés comme stables.

Pour finir, une affaire un peu analogue dans le milieu des logiciels libres: dans le développement du noyau Linux (le moteur des systèmes basé sur Linux), le procès intenté à IBM par SCO a contraint de prendre la décision d'avoir une authentification sérieuse de tous les contributeurs.

Le problème des liens externes sur Wikipedia.

Parfois des articles ou seulements des liens externes peuvent être créés par des spammeurs (polueurs) pour faire de la pub à un site. C'est une autre forme de vandalisme.

Le vrai problème des liens externes est qu'ils donnent de la crédibilité à des informations en dehors de Wikipedia, et le lien ne sera pas perçu aussi aisément comme un problème à corriger qu'une erreur écrite directement dans un article.

Rien de mieux pour y réfléchir que lire cet article très critique: L'encyclopédie de non-référence.

La neutralité

La neutralité de wikipedia telle qu'elle est abordée par l'auteur est intéressante:

Wikipedia repose sur un principe fortement affirmé par son initiateur, Jimbo Wales, et maladroitement traduit en français sous le terme de neutralité de point de vue, et qui consiste, en gros, dans les domaines que, forcément, quelqu'un, quelque part, considère comme sujets à caution, à accorder une égalité de traitement aux diverses positions en présence, ce qui revient à dire, en très gros, que, au fond, tout le monde a un petit peu raison. On le voit, la neutralité, cette position du diplomate, s'oppose totalement à la posture du scientifique dont le métier est précisément de ne pas être neutre par rapport à son sujet, faute de quoi il serait bien en peine d'élaborer l'hypothèse que son travail consiste à valider. Et l'on ne peut que craindre, et les propos d'un acteur aussi connu dans le milieu français du logiciel libre que Jean-Baptiste Soufron, pour qui la véracité scientifique est illusoire, n'ont à cet égard rien de rassurant, que Wikipedia ne soit prête à s'engouffrer dans l'impasse mortelle du relativisme. Dès lors, le négationniste que l'administrateur de Wikipedia vient de chasser par la fenêtre pourrait fort bien revenir par la grande porte de la neutralité.

Il a bien sûr raison, et bien entendu cette critique est connue de Wikipedia:

La neutralité de point de vue interdit tout jugement sur un point de vue. Cela signifie qu'elle interdit non seulement de prétendre qu'un point de vue est meilleur qu'un autre, mais elle interdit aussi de prétendre que deux points de vue, voire tous les points de vue, se valent.
Elle interdit en particulier de laisser croire qu'une thèse soutenu par une infime minorité à la même pertinence que la théorie soutenue par la plupart des spécialiste du sujet.

Wikipedia semble d'accord aussi. Le reste est affaire d'application du principe, qui peut être plus ou moins efficace suivant les sujets. Il faudra juger Wikipedia sur ses résultats.

Produire dans Wikipedia avec une classe: un problème de droit d'auteur et d'éthique.

Un petit mot autour du projet dont j'ai déjà parlé, celui pour un enseignant de faire participer des classes à Wikipedia. Cela me semble une très mauvaise idée, pour au moins deux raisons:

  1. La raison juridique (je ne suis pas juriste): les articles de Wikipedia sont sous licence GNU Free Documentation License, et il faut obtenir l'accord de tous les participants (c-à-d tous les élèves, les ayant-droit pour les mineurs). La relation enseignant-élève étant une relation d'autorité, cette autorisation peut-être perçue comme obtenue sous la contrainte. Et si on considère le contenu comme une oeuvre non originale[3], rien n'autorise l'enseignant à le diffuser sous une licence libre, à mon avis.
  2. La raison éthique, pour moi plus importante que la juridique: les logiciels libres, et Wikipedia qui affiche la même philosophie, sont basé sur le libre don de tous ceux qui ont envie de partager dans ce cadre là. Faire participer des élèves à ce genre de projet dans les cadre scolaire, c'est les y obliger (au moins les inciter fortement), et eux ne sont plus en train de partager librement leurs connaissances, juste parce qu'ils en ont envie à un moment donné. Pour moi, cela va donner à ces projets une image négative. Profiter du travail (gratuit) imposé aux étudiants ou aux élèves me semble tout à fait incompatible avec la philosophie des logiciels libres et de Wikipedia.

La critique habituelle de non crédibilité

J'ajoute cet article de Jean-Baptiste Soufron pour compléter la réflexion sur la crédibilité et la vision par la presse.

Mise à jour

  • Le 13 janvier 2006 : nuance sur le reprise de l'information dans la suite de la controverse.
  • Le 16 janvier 2006: lien vers l'article de Jean-Baptiste Soufron.

Notes

[1] l'article français est qualifié d'ébauche.

[2] On peut noter la coïncidence amusante: l'article de tf1 semble mis en ligne le jour ou la suite est connue.

[3] c-à-d non protégée par le droit d'auteur, les travaux des élèves étant effectués à partir des indications de l'enseignant. Il semble (rumeur) qu'un enseignant du primaire attaqué sur le droit d'auteur par un parent d'élève pour la vente du journal de classe ait pu gagner gràce à cet argument. Si quelqu'un a des références précises je suis preneur.

mardi, janvier 10 2006

Le café pédagogique propage une rumeur contre Wikipedia.

Le café pédagogique a publié récemment deux articles en forme de mise à l'index à l'encontre de Wikipedia.

17 octobre 2005

Dans son Flash du 17-10-2005, le café pédagogique publie une nouvelle reprenant et commentant un ''point de vue'' de Daniel Schneidermann dans Liberation. Voici ce billet, commenté au fur et à mesure par mes soins:

Internet : Qui noyaute Wikipedia ?

"Qui donc travaille dans l'ombre à la rédaction des versions définitives ?" Dans Libération du 14 octobre, Daniel Schneidermann exprime ses inquiétudes devant le succès de Wikipedia. Si le projet d'une encyclopédie rédigée librement par les internautes lui semble aussi illusoire que sympathique, " cette séduction ne dissipe pas les inquiétudes que suscite l'émergence possible d'un nouvel organe de référence parfaitement anonyme, et donc vulnérable à toutes les manipulations". Et il donne quelques exemples qui donnent à penser à une véritable campagne de communication au profit de quelques groupes politiques.

Cette présentation de l'article me semble un peu réductrice. Tout d'abord, Daniel Schneidermann aborde wikipedia sous l'angle de l'actualité, avec l'exemple de la (nouvelle) compagne de Nicolas Sarkozy. Que sa biographie n'ait rien à faire dans une encyclopédie est un point avec lequel je suis plutôt d'accord. Une encyclopédie n'est pas un journal qui suit l'actualité.

Il critique surtout la neutralité de wikipédia, et c'est le point sur lequel je suis en total désaccord avec lui. Sur le plan de l'anonymat je ne vois pas en quoi le fait qu'un article puisse être anonyme[1] est un problème vis à vis de la neutralité. Lorsqu'un article est perçu comme douteux il y a un bandeau d'avertissement, nous signale Daniel Schneidermann, et pour moi c'est un signe de réflexion sur sa neutralité. On eut aimé que le Café pédagogique mette un tel avertissement à chaque fois qu'il donnait la parole au sujet des des méthodes de lecture, par exemple[2]. La neutralité totale est illusoire, et prévenir quand on traite de sujets polémiques est un minimum. Daniel Schneidermann sait d'ailleurs très bien que la simple différence dans la mise en valeur des informations est un parti pris, et on ne peut pas échapper à des choix dans l'ordre de présentation, même en s'en tenant aux faits. La neutralité totale est illusoire, et Wikipedia a une ligne de conduite qui me semble plus honnête et mieux affichée que celle de bien des medias.

Il critique ensuite le fonctionnement de wikipedia, d'une façon qui montre... qu'il ne s'est pas renseigné avant d'écrire. Il l'a d'ailleurs reconnu lui-même au cours d'un chat:

Christophe: Je suis très gêné par cette présentation générale de Wikipédia (tout le monde en parle en ce moment, curieuse coïncidence...) comme dirigée par une sorte de «comité des ombres». Est-il si difficile pour un journaliste de trouver les contacts qui pourront répondre aux questions sur le mode de modération, etc.?
Daniel Schneidermann: Vous avez raison. Ce serait là un travail d'enquête et je suis persuadé que «Libération» le fera un jour. Pour ma part, en tant que chroniqueur médias, je reste dans ma peau de téléspectateur, de lecteur et d'auditeur. Et en l'occurrence d'internaute.

Notons que la simple consultation de l'Accueil des nouveaux arrivants lui aurait permis de trouver des liens vers les informations sur le fonctionnement de Wikipedia.

Voici donc, à partir de ce point de vue de Daniel Schneidermann plutôt mal renseigné, la conclusion du café pédagogique:

Wikipedia a acquis une grande popularité dans le monde enseignant. Pourtant le Café constate également que certains articles sont inadmissibles pour des enseignants. Ainsi l'article "Philippe Pétain" omet de rappeler la participation de Vichy à la Shoah mais insinue qu'il a défendu les juifs, ce qui relève d'une véritable falsification de l'histoire. Il estime que "la culpabilité de Philippe Pétain pendant la seconde guerre mondiale ne fait pas une totale unanimité" et renvoie vers un seul site : celui d'une association pétainiste. La question de D. Schneidermann (qui noyaute dans l'ombre Wikipedia ?) nous semble fondée.

Les outils de type Wiki peuvent permettre le travail collaboratif et supporter des démarches pédagogiques de qualité. Il n'en est pas de même pour le Wikipedia français qui sert trop souvent des intérêts éthiquement inconciliables avec l'Ecole de la République.

Cet argument porte une généralisation à partir d'un seul exemple sur 200 000. Et cette interprétation est discutable.

L'article sur Pétain semble partial parce qu'il ne parle pas de la politique du régime de Vichy? L'article Régime de Vichy en parle (il est lié depuis celui de Pétain) et donne d'ailleurs lieu à un problème de neutralité et à un doublon[3], bonne occasion pour aborder le problème du révisionisme si on est enseignant.

Voici un extrait de la version en ligne au moment où le Café pédagogique publiait son billet[4]; on peut aussi vérifier facilement que le lien depuis l'article sur Pétain se trouvait bien là à la même époque:

l'État français anticipa et prêta son concours policier à l'internement et à la déportation. C'est notamment en puisant dans les fichiers de la police française, dans ceux du Commissariat aux Affaires Juives, et dans les archives de l'UGIF, que les nazis furent en mesure d'établir les listes permettant la rafle et la déportation des juifs (130 000 étrangers et 70 000 français). Les instructions du secrétaire d'état Bousquet démontrent d'ailleurs qu'il ne s'agissait pas pour le gouvernement de Vichy d'une obligation pesante, mais bien une politique propre, à laquelle il adhérait complètement, car il alla souvent au-delà des demandes nazies, en exigeant des Allemands qu'ils le "débarrassent" aussi des enfants juifs.

Les enseignants qui trouvent un article orienté peuvent le corriger et signaler les raisons de la correction dans la page de discussion. Si leur correction est déformée ensuite il sera temps de signaler le conflit et de le gérer avec les administrateurs. Wikipedia pourrait être qualifiée de noyautée si on ne parvenait pas à corriger le point de vue, certainement. L'usage des liens externes peut effectivement être une autre source de problèmes (j'en reparle ici).

Wikipedia n'est certainement pas une source d'une fiabilité totale, mais elle n'est pas pire que d'autre, bien au contraire. Elle est même équivalente à une encyclopédie classique pour certains articles scientifiques (en anglais), d'après une étude récente. Le B2i/C2i demande aux enseignants de travailler sur la validation des informations. Cela concerne Wikipedia, bien sûr. Mais également les autres encyclopédies. Je ne vois vraiment pas de raison d'interdire l'usage de Wikipedia.

12 décembre 2005: bis repetita

Le café pédagogique publie quelques semaines plus tard un deuxième billet, en profitant de l'actualité; une information fausse est restée 132 jours en ligne (j'y reviens là):

Internet : Wikipédia tente de pénétrer le milieu éducatif
" Ce projet ambitieux se propose de promouvoir l’utilisation de Wp comme outil pédagogique dans les lycées et l’enseignement supérieur en facilitant l’accès aux professeurs grâce à des aides et tutoriels spécifiques leur présentant les outils que Wp met à leur disposition dans le suivit des projets. Les élèves serraient invités (très fermement) à travailler en groupe sur un article de leur choix (ou pas, mais ça reste préférable et est plus en adéquation avec l'"esprit WP") dans un domaine ou une matière donnée".
De fait, Wikipedia le sait bien : son média cible essentiellement les jeunes. Ce nouveau projet lui permettrait de renforcer cette audience et aurait surtout l'avantage de donner une image de sérieux au projet en le faisant valider par des enseignants.

Le Café pédagogique mentionne ici le projet d'un utilisateur (au total deux participants à l'heure ou j'écris ces lignes) en le présentant comme un projet officiel de wikipedia. C'est un amalgame parfaitement volontaire, puisque la page en question mentionne:

Remarques liminaires
Cette page est partie d’une réflexion visant à apporter de nouveaux contributeurs à Wp. C’est le résultat d’un brainstorming de moi, surmoi, et ego (maintenant moi aussi). Elle ne saurait en aucun cas être un projet finalisé de demande encore beaucoup de travail avant de le devenir.

À leur décharge toutefois, un mail, cité dans la page de discussion, envoyé aux clionautes par un des membres du projet, laisse planer le doute. Mais la citation faite par le cafe pédagogique provenant de la page du projet et non du mail, la remarque liminaire leur était connue.

[...]
Je viens présenter rapidement un projet de l'encyclopédie Wikipédia, encyclopédie que tout le monde connait désormais, ne serait-ce que de nom.
[...]
Page du projet sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Utilisateur:Lisa%C3%ABl/Projet_Education

Le café pédagogique conclut:

Le problème c'est que Wikipédia n'est malheureusement plus un outil recommandable pour les enseignants. Le projet, fort sympathique au départ, sert des intérêts qui suscitent des interrogations. Le Café avait fait part de ses doutes le 17 octobre. Sous le titre "wikipédia, une encyclopédie à lire avec des pincettes", Libération du 8 décembre relève une nouvelle affaire survenue dans l'édition américaine. Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement de Wikipédia et le ménage dans ses articles, nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves.

Je note un progrès: le café pédagogique est passé de qui sert trop souvent des intérêts éthiquement inconciliables avec l'Ecole de la République à nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves.

Le fonctionnement de Wikipedia est clair et l'a toujours été, et quand au ménage dans ses articles, il se fait petit à petit, c'est son entropie naturelle[5]. Cela n'enlève rien à l'absolue nécessité de travailler la critique de toute source d'information avec ses élèves. Pour approfondir le fonctionnement de Wikipedia, il y a une page qui répond aux critiques et une autre qui répond aux objections habituelles. Une lecture nécessaire pour tout enseignant qui souhaite utiliser Wikipedia, que ce soit pour préparer ses cours ou avec ses élèves. Et pour quiconque souhaite apporter sa contribution à la critique du concept.

Il suffit de remplacer wikipedia par n'importe quel autre media dans la dernière phrase pour se rendre de la valeur du raisonnement:
Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement du café pédagogique et le ménage dans ses articles, nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves.
Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement de la télé et le ménage dans ses émissions[6], nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves.
Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement de la presse écrite et le ménage dans ses articles[7], nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves.
Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement d'internet et le ménage dans ses sites[8], nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves.

Au lieu de tenir un index des sites interdits [9], le café pédagogique ferait mieux de réfléchir à la validité des information qu'il propose.

Mise à jour

Notes

[1] anonymat facultatif, on peut s'inscrire et remplir sa bio avant de rédiger ou de corriger les articles

[2] pour être honnête le café pédagogique ne prétend nulle part être neutre. Mais il prétend informer et sur les méthodes de lecture ses articles ne sont pas de l'information.

[3] à l'heure ou j'écris ces lignes!

[4] les versions précédentes et les modifications sont accessibles à partir de l'onglet historique de chaque article.

[5] vision romantique, mais qui fonctionne jusqu'à présent à peu près bien.

[6] Fogiel condamné pour incitation à la haine raciale par exemple

[7] citons l'affaire du RER D par exemple.

[8] Le café pédagogique qui propage des rumeurs a-t-il été mis hors ligne ?

[9] le ministère s'occupe de tenir à jour une liste noire dans le cadre de la protection des mineurs, ça ne suffit pas ?

dimanche, octobre 16 2005

Le trésor de la Langue Française Informatisée, accès direct !

Le trésor de la Langue Française Informatisée est un monumental dictionnaire, accessible en ligne. Son histoire mérite un coup d'oeil, pour bien mesurer l'ampleur du travail.

Petit détail qui lui manquait, un accès direct aux articles par mot vient d'y être ajouté, ainsi que nous l'apprend Jean Véronis. Ce qui permet d'obtenir directement la définition d'un mot en allant sur: http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe?mot

L'ajouter comme moteur de recherche dans FireFox.

On peut déjà ajouter cet outil comme moteur de recherche à FireFox. Il suffit d'aller là, de cliquer sur le lien 'TLFI' et d'accepter l'ajout du moteur. Ensuite dans la zone de recherche sélectionnez TLFI et mettez le mot dont vous voulez la définition.

Ajouter un mot clé pour cette recherche

Bouton droit dans le champ de recherche de http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe puis "Ajouter un mot clé à cette recherche"

Nom : Atilf

Mot Clef : dic

dic maison dans la barre d'url renvoit http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe?mot=maison

Les adeptes du libre vont enfin parler français mieux que les autres, ce qui va leur assurer de tomber toutes les filles et de gagner tous les concours de pétanque.

Un grand Merci à Jean Véronis, et au lecteur de «Technologies du Langage» qui a mis le fichier sur mozdev. Aux personnes qui s'occupent du TLFI aussi, bien sûr.

PS: Au départ était la fonction define: de Google:

mardi, septembre 20 2005

La cuisine littéraire

Une autre lecture amusante quand on s'intéresse à l'information et à ses rouages est ce très joli rappel historique des liens entre la critique littéraire et l'édition. De Orwell je n'ai lu que le plus mauvais (je ne sais plus ou j'ai lu que 1984 était le roman le plus mauvais d'Orwell) mais je sens que je vais lire le reste.

On peut bien sûr étendre la réflexion et se demander si ce genre de liens entre contenu et publicité se limite à la critique littéraire.

L'information à la source trouble

Rapidement, je vous recommande la lecture de cet article dans lequel, à partir d'un exemple assez classique de pillage qui hélàs le concerne, Jean-Marc Manach rappelle quelques règles de base du métier de journaliste.

J'aime beaucoup ce commentaire qu'il y fait sur son métier:

Pour ma part, si je préfère le journalisme sur l’internet à la presse écrite ou aux médias audiovisuels, c’est précisément parce que l’on peut citer ses sources, faire des liens, permettre aux lecteurs de vérifier l’information qu’on lui rapporte.

Il y a là l'essence du net, la raison même pour laquelle le web peut-être une source d'information formidable.

lundi, octobre 4 2004

Hiérarchie de l'information sur Internet.

Homo Numericus évoque le cas de Google News[1] et fait remarquer que la hiérarche de l'information n'est pas contrôlée par les médias qui la publient, dès lors que des sites comme Google News ou Le portail des copains «syndiquent» en regroupant et en hiérarchisant différemment les sources venues de plusieurs dizaines de sites. Ce n'est plus l'origine de l'information qui fait son importance, mais son contenu. Ce qui rejoint l'analyse du rôle de la blogosphère dans l'information.

Notes

[1] lisez les commentaires aussi!

jeudi, septembre 23 2004

La crédibilité de l'information: la blogosphère

Dexième volet sur la crédibilité de l'information, après wikipédia la blogosphère.

Bien sûr, cette blogosphère est un ensemble flou et mouvant de carnets web de qualité tout à fait inégale, et dont les sujets varient des vacances à la Bourboule aux formats de fichiers (dont il faut qu'il soient ouverts), en passant par la vie d'un avocat. Ces sites se lient les uns les autres par l'intermédiaire de trackbacks (qu'on pourrait traduire par rétrolien, c'est un lien de retour d'information envoyé par un autre site).

Les blogs portant sur un même sujet peuvent-ils être une source d'informations crédible sur ce sujet? Comme d'habitude, je pourrais dire que:

La question de la crédibilité de l'information est une question à se poser en permanence lorsque nous lisons un journal, écoutons la radio, regardons la télé, naviguons sur la blogoshpère ou lisons un article de Wikipédia.

Mais je voudrais pousser la réflexion un petit peu plus loin.

Quel est le but du blogueur?

Quelqu'un qui fait un carnet sur un sujet donné a de bonne chance d'être soit impliqué professionnellement par ce sujet là, soit passioné par ce sujet, les deux ne s'excluant d'ailleurs pas. Partant, il y a quelques chances que les informations qu'il donne soit intéressantes et bien renseignées.

Ceci dit il donne un éclairage nécessairement partial. Si vous y réfléchissez un peu, vous admettrez sans trop de peine que toute information donnée par une seule source est partiale. Même un journaliste déontologiquement correct a une perception biaisée par son expérience du sujet. Il doit multiplier ses sources pour présenter une information complète, mais il la présente en décidant lui même de ce qui vaut la peine d'être dit. Dans la cas de la blogosphère, ces liens sur le même sujet permettent, de lien en lien, un tour d'horizon assez complet. D'autant plus que les blogueurs traitant d'un même sujet se répondent les uns aux autres, apportant démentis, éclaircissements et précisions. Ce n'est plus une seule personne qui choisit ce qui vaut la peine d'être dit, mais un groupe, ce qui permet une information plus contradictoire et plus étofée. Une variété d'information que ne permettent plus les médias classiques.

Ceci étant dit on devrait arriver à trouver des morceaux de blogs avec des informations douteuses, ça m'étonnerait qu'aucun blogueur ne croit au paranormal.

La blogosphère est-elle fiable?

Jean-Baptisite Soufron nous propose son analyse à partir de la façon dont les blogueurs républicains (ça se passe aux USA) ont démonté un bidonnage de CBS News[1].

Voici la façon dont il présente le phénomène blogosphère[2]:

Qu’est ce en effet que la blogosphère sinon une gigantesque usine où chaque information qui rentre est immédiatement disséquée, analysée, démontée, reconstruite, appropriée. Quand l’information est issue de la blogosophère elle-même, c’est l’information d’un amateur éclairé, c’est un avis de passionné, une gentille lubie de geek. Quand l’information est issue de l’extérieur de la blogosphère, on réalise soudain que cette usine est surtout un formidable réservoir critique. Un monstre représentant des centaines de milliers d’internautes dont les capacités de travail cumulées sont à même de remettre en question le travail de n’importe quel organe de presse qualifié de sérieux. Exagération, enthousiasme technophile ?

Voici sa conclusion:

Toute la critique des médias vient visiblement du public et des moyens modernes de publication et de diffusion qui sont mis à sa disposition. C’est l’exemple en France du site acrimed, du rezo.net, etc. L’étape suivante, c’est peut-être l’exemple des USA où des bloggers se retrouvent dans des pyjama parties géantes pour combattre les tentatives de manipulation médiatique.

A l’heure où les médias limitent visiblement leur rôle à essayer de vendre du temps de cerveau disponible, le modèle de l’open journalisme des weblogs s’impose comme une solution séduisante. A l’image de l’encyclopédie libre wikipédia, l’intérêt du blog réside surtout dans le fait qu’on peut retracer l’évolution d’une idée ou d’une argumentation, voire les différentes étapes de son élaboration et de sa critique ; bref, critiquer le processus d’élaboration de l’information lui-même et non pas seulement l’information.

Il y a une suite, qui est la réaction du New-York Times à cette histoire. Voici ce qu'en pense Jean-Baptiste Soufron:

Malheureusement, le magazine axe essentiellement sa ligne éditoriale sur la défense du journalisme classique en essayant d’expliquer que les weblogs ne pourraient pas exister sans lui. C’est bien possible, mais cela n’explique pas le pronfond changement qui est en train de s’opérer dans notre environnement médiatique.

[...]

Or les médias classiques ne semblent pas prendre la mesure de cette évolution. Ils analysent encore les weblogs comme des outils de publication à leur image, en plus nombreux et en plus amateurs. Pourtant, ce qui fait la force de ces outils, c’est leur coordination, la façon dont on peut remonter la chaîne de l’information jusqu’à tel ou tel post sur un forum, critiquer la façon dont l’argumentation s’est développée de site en site, etc.

Il faudra peut-être se poser la question de la crédibilité des informations qui ne viennent pas de la blogosphère, au lieu de se poser celle de la crédibilité des informations qui en viennent.

Mise à jour:

Cette affaire est également racontée, avec d'autres exemples, par Michel Dumais, au Québec[3]: Quand la blogosphère secoue les médias traditionnels.

Notes

[1] On peut d'ailleurs interroger ce genre d'événement en se demandant si les medias ne tentent pas de substituer à leur rôle de diffusion d'informations un rôle de créateur d'informations, et se demander quel en est le but. De ce point de vue le rôle de critique des medias de la blogosphère est essentiel. Mais les citoyens n'ont pas besoin d'internet pour être méfiant (c'est aussi un article paru dans Libération).

[2] Je cite de larges extraits, mais vous devriez vraiment lire les liens attentivement. La citation dénature le propos.

[3] si j'ai bien compris.

mercredi, septembre 22 2004

La crédibilité de l'information: Wikipedia

J'ai déjà abordée le nécessaire recul à prendre face aux informations. J'ai dénoncé l'amalgame internet-mensonge véhiculé largement par les médias classiques. Pour approfondir cette question, voici un exemple sorti tout droit d'internet.

Wikipédia

Wikipédia est une encyclopédie en ligne sous forme de wiki. Son principe est basé sur celui des logiciels libres, c'est-à-dire que les articles sont librement modifiables par tous. N'importe qui peut écrire ou modifier un article.

Vous pouvez lire des articles comme celui sur les baleines, qui a l'air pas mal, ou celui pour les TICE qui semble encore incomplet.

Une question qui semble découler directement du système choisi, le wiki, est celle de la véracité, de la crédibilité, de pertinence des informations: quelle confiance peut-on avoir dans une encyclopédie comme celle-ci, sans relecteur, ouverte à tous les contributeurs? Wikipédia tente de répondre à cette question, bien sûr:

La question de la crédibilité de l'information est une question à se poser en permanence lorsque nous lisons un journal, écoutons la radio, regardons la télé ou lisons un article de Wikipédia. La seule différence avec Wikipédia, c'est que si vous trouvez quelque chose qui vous semble faux, vous pouvez le corriger immédiatement, et n'oubliez pas, un article c'est la version du jour plus son historique, des milliers d'yeux et des milliers de mains essaient de faire leur travail honnêtement.

Cela rejoint mon point de vue selon lequel le recul vis-àvis de l'information est une nécessité quel que soit le média. Wikipédia ne déroge pas à cette règle. Wikipédia a aussi quelques arguments plus convaincants pour répondre à ces critiques habituelles.

Enfin, pour compléter cette partie sur Wikipédia, un article de Jean-Baptiste Soufron analyse les dernières critiques subies par Wikipédia. En voici deux extraits:

Sur la pérennité

Des preuves ? Pour commencer, on peut invalider l’argument de la documentaliste du Post Standard qui prétend que l’encyclopédie ne peut pas assurer la perennité des informations qu’elle propose parce qu’elle laisse n’importe quel utilisateur accéder à ses données pour les modifier. Des chercheurs d’IBM, ont pourtant représenté la façon dont Wikipedia résistait au vandalisme et aux modifications sauvages ou mal-intentionnées en étudiant comment une page avait été effacée et restaurée par les wikipédiens. Ils ont découvert que, en moyenne, les pages étaient restaurées en moins de cinq minutes en sachant qu’ils n’ont pas pris en compte le fait que les pages qui étaient réparées par les wikipédiens étaient parfois modifiées et redirigées ailleurs, ce qui fait que le temps moyen de réparation est probablement encore inférieur à ce chiffre pourtant impressionant de 5 minutes.

Sur la pertinence scientifique

Autre élément à apporter au débat. Edward F. Felten est le rédacteur d’un célèbre blog juridique et un expert sur le procès antitrust de Microsoft aux USA. Désireux de connaître la qualité de Wikipedia il avait commencé par vérifier la qualité d’une série d’articles en reconnaissant à chaque fois leur grande qualité, jusqu’à rencontrer l’article sur le procès de Microsoft qu’il a trouvé biaisé et de qualité moyenne. Le point était susceptible de remettre en cause la bonne opinion qu’il pouvait avoir de Wikipedia, mais Edward Felten a alors poussé son analyse un peu plus loin en allant consulter l’entrée correspondante dans d’autres encyclopédies pour découvrir qu’aucune encyclopédie commerciale en ligne ou sur papier ne proposait de meilleur article que Wikipedia. Le problème ne venait donc pas tant de Wikipedia elle-même que de la difficulté du sujet à traiter et, à la suite d’un lourd travail de recherche du consensus entre les rédacteurs de l’article, Wikipedia était finalement l’encyclopédie qui apportait la meilleure couverture du sujet.

La page de Wikipédia évoquée dans ce paragraphe est probablement celle-ci.

Je ne résiste pas au plaisir de faire ma conclusion de cette phrase tirée de celle de Jean-Baptiste Soufron:

On peut peut-être déjà se demander quel sorte d’esprit critique on espère développer chez des élèves auxquels on enseigne que la vérité et la connaissance dépendent de la marque de leur encyclopédie.

samedi, septembre 11 2004

Mise en valeur de l'information

Prendre du recul face aux informations, c'est aussi s'interroger sur la façon dont elles sont mises en valeur. En particulier la manière dont une information importante peut-être reléguée au second plan, tout en étant quand même traitée.

L'actualité récente nous donne, hélàs, de la matière sur laquelle réfléchir. Voici un coup de gueule de Gérard Filoche, qui vous rappellera l'essentiel de l'affaire, tout en indiquant à quel point le traitement de cette affaire par les media et les politiques est... curieux.

Quelques jours plus tard, Daniel Schneidermann a publié dans Libération un article reprenant le même thème: le traitement de cette affaire est tout à fait partial et vise à en minimiser l'importance. Il se livre à une analyse de la méthode employée, la voici ici point par point:

L'ordre de traitement des informations

Les mises en valeur sont de moi:

[...] la nouvelle est donnée par le préparateur de cerveaux humains[1] Pernaut dans les profondeurs de son JT de 13 heures, sur TF1. Après l'assaut des forces russes en Ossétie, vendredi dernier à la mi-journée, ce qui se comprend. Mais aussi après l'attente angoissante dans le village des parents de l'otage journaliste Georges Malbrunot [...]. Après la désignation («sans surprise», dit le préparateur Pernaut) de Georges Bush comme candidat à la présidentielle américaine. Après l'angoissante attente de l'ouragan en Floride. Donc, trois entrées qui n'apportent aucune information nouvelle sur les otages journalistes français, un reportage de mise en bouche sur les dégâts du cyclone et, enfin, voilà, le préparateur se lance : deux inspecteurs du travail ont été tués en France.

C'est la première méthode, noyer l'information après ou au milieu d'informations sans intérêt.

La négation ou la reconnaissance des personnes

Les mises en valeur sont de moi ici aussi:

[...] le reportage ne nous donne pas les noms des deux inspecteurs. Sur l'agriculteur meurtrier, on connaît tout. Son nom, bien entendu. Ses difficultés financières. Son espoir déçu quand il avait cru trouver un repreneur pour l'exploitation et pouvoir ainsi partir en retraite, avant de se heurter au refus du tribunal. On entend un voisin de l'agriculteur, le maire du village. Mais les visages des deux victimes, on ne nous les montrera pas. A jamais, ils resteront anonymes. Les proches des deux victimes, leur douleur, nous ne les verrons pas. On n'interrogera pas de passants dans leurs villages à eux, qui puissent nous rappeler quels bons voisins ils étaient, qui puissent dire devant une boulangerie ou une fontaine que c'est honteux de tuer des inspecteurs du travail. Un modèle de sobriété informative. A étudier dans les écoles. Pas de mise en scène. Pas de trémolos. Pas d'envoyé spécial pour faire le point de l'avancée de l'enquête. Pas de sanctification des victimes. Sauf à considérer que la victime, c'est l'agriculteur. Avec ses problèmes de financement, sa retraite, son jugement.

Ici, c'est subtil. Les victimes sont tout simplement niées, on fait comme si elles n'existaient pas en tant qu'individu, tout en ayant cité leur existence en tant que victime. Le meurtrier est lui reconnu, présenté, plaint, écouté. Il existe en tant que meurtrier et en tant qu'individu. On force ainsi l'empathie du côté choisi.

Et ensuite?

Daniel Schneidermann poursuit sa démonstration jusqu'aux obsèques, quelques secondes une fugitive image de voitures dit-il. Puis il risque une comparaison avec les policiers ou les gendarmes tués, eux aussi, dans l'exercice de leur mission. Là, le téléspectateur a droit aux femmes, aux enfants, aux obsèques officielles. Il met en avant aussi, en feignant de s'en étonner, la même façon de traiter cette information sur les chaines de services publics.

Mais si son propos est très intéressant pour mettre en valeur une certaine façon de traiter l'information, il y manque pourtant une donnée (ou des pistes de réflexions): Pourquoi un tel traitement?

Mise à jour (16 Septembre 2004): On peut lire également l'article (très détaillé) d'Acrimed sur la façon dont les médias ont traité cette affaire.

Notes

[1] fine allusion à ceci.

dimanche, août 22 2004

Internet et le mensonge

J'ai déjà évoqué ici la nécessité de prendre du recul face à l'information, et pas seulement sur le web. Voici de nouveaux exemples pour alimenter la réflexion critique.

D'abord, la façon de présenter l'information, jamais neutre. Ensuite la vérification de l'information: TF1 est la victime de ce canular que j'avais déjà aperçu chez Guillermito, et j'ai déjà évoqué ici la fausse décapitation d'otage sur internet, tout ça permet à l'AFP un nouvel article amalgame du style internet=danger Comment la Toile nourrit les mensonges avec ce conseil magnifique (de Philippe Breton, auteur du livre «La parole manipulée»): «Le problème, c'est que l'Internet est une grande foire, sans autorité de régulation, où n'importe qui peut mettre n'importe quoi. Je pense que sur Internet, on ne peut faire confiance qu'à des institutions qui existent en dehors d'Internet»

Précisons tout de même que les canulars n'ont pas attendu internet pour exister, et que dans le même article l'AFP vante les mérite d'HoaxBuster.com qui n'existe pas en dehors d'Internet...

samedi, août 7 2004

Prendre du recul face à l'information

C'est une des chapitres essentiels du b2i et du C2i, et qui ne concerne pas une compétence technique. Le terme exact du B2i est « adopter une attitude citoyenne face aux informations véhiculées par les outils informatiques.» Je pense qu'il est bon qu'un enseignant mette également de la distance face à l'information en général, et ne se limite pas aux informations qu'on peut trouver sur Internet, première zone visée par cette formulation.

Prenons cet article, par exemple. C'est un article d'information qui parle de la guerre des navigateurs internet. Pour ceux qui suivent cette actualité, le titre «Firefox moins sécurisé qu'Internet Explorer ?» est provocateur (Tristan Nitot: «le titre digne d'Ici Paris»). On peut aussi voir ce titre comme une forme de manipulation: en effet le lecteur qui survolera seulement le titre et éventuellement le début retiendra plutôt le titre, sans affecter une importance particulière au point d'interrogation. Le contenu de l'article qui répond non à la question posée dans le titre , passera plus inaperçu. Un titre similaire mais beaucoup plus conforme au contenu aurait été: "Est-ce que Firefox est moins sécurisé qu'Internet Explorer ?», qui n'aurait pas laissé la même impression; un titre beaucoup plus conforme au contenu aurait pu être: "Selon un site pro-Microsoft, Firefox serait moins moins sécurisé qu'Internet Explorer.»

On voit là une des formes de manipulation décrite dans ce document très complet[1], qui se consacre exclusivement à la presse écrite. C'est un document traduit de l'espagnol, qui date d'avant les attentats du 11 Mars 2004, mais qui donne un éclairage particulier sur ce qui s'est passé alors, y compris dans les media français.

D'autres exemples de dérapages médiatiques (essentiellement à la télévision) se trouvent dans ce document de 1996. Il y a d'autres exemples depuis.

N'oublions quand même pas Internet, lieu désormais privilégié de diffusion des faux et canulards en tous genre. La fausse lettre de Gabriel Garcia Marquez, qui est aussi là, a également été publiée par un quotidien satirique français (qui s'est excusé ensuite). Voici le démenti.

Plus récemment un américain a imaginé une fausse exécution d'otage, qui a été largement reprise dans les medias.

Sur les canulars par internet: HoaxBuster liste les faux virus et autres rumeurs.

Mise à jour: Le lien sur infokiosque a changé. ça remarche.

Notes

[1] à lire également avec du recul, compte tenu des exemples très spécifiques à la situation espagnole.